06 novembre 2009
Chute du mur de Berlin (1) : chronologie élargie
Dans l’inconscient populaire occidental, et même dans certains medias, la chute du mur de Berlin le 9 Novembre 1989 a été un évènement spectaculaire et unique, qui a marqué la fin du communisme en Europe. Il n’en est évidemment rien. Ce ne fut en fait qu’une étape, sans doute la plus médiatisée, dans la lente dislocation des régimes communistes d’Europe de l’est.
Le but de cette série de posts est de montrer le processus de cette dislocation et le rôle de chacun dans ce processus. Tout d’abord, retour sur une chronologie éminemment subjective.
7 0ctobre 1949 : après le blocus de Berlin-Ouest par les soviétiques, la Loi fondamentale de la République Fédérale d’Allemagne est proclamée le 23 Mai 1949. Le 7 Octobre, la division est-ouest se renforce avec l’entrée en vigueur de la Constitution de la République Démocratique Allemande (RDA).
16-17 Juin 1953 : insurrection ouvrière à Berlin-Est puis dans toute la RDA. Répression par l’armée soviétique et la police est-allemande.
28 Juin 1956 : insurrection ouvrière à Poznań (Pologne). Répression par l’armée polonaise, sur ordre des soviétiques.
23 Octobre 1956 : insurrection spontanée de Budapest (Hongrie). Répression par l’armée soviétique.
12-13 Aout 1961 : début de la construction du mur de Berlin (Walter Ulbricht, en accord avec Khrouchtchev).
5 Janvier 1968 : arrivée au pouvoir en Tchécoslovaquie du réformateur Alexander Dubček : printemps de Prague. Répression à partir du 21 Aout 1968 par les troupes du pacte de Varsovie. 16 Janvier 1969 : immolation par le feu de l’étudiant Jan Palach.
14 Mai 1972 : l’étudiant lituanien Romas Kalanta s’immole par le feu à Kaunas (Lituanie) pour protester contre l'oppression de l'occupant soviétique envers la langue et la culture lituaniennes.
16 Octobre 1978 : le cardinal polonais Karol Józef Wojtyła devient Pape sous le nom de Jean-Paul II. Premier voyage en Pologne du 2 au 10 Juin 1979.
31 Aout 1980 : création en Pologne de la fédération de syndicats Solidarność, dirigée à l'origine par Lech Wałęsa. Des grèves nationales en 1988 forcent le gouvernement du général Jaruzelski à ouvrir le dialogue avec Solidarność. Le mouvement est légalisé le 17 Avril 1989 et peut participer aux élections.
15 mars 1985 : élection de Mikhaïl Gorbatchev au Plénum du Comité Central du Parti communiste d’Union soviétique.
23 Aout 1987 : première manifestation en Lituanie contre l’occupation soviétique, devant le monument d'Adomas Mickevičius à Vilnius. A Riga (Lettonie), entre 7 et 10 000 personnes déposent des fleurs au Monument de la Liberté.
16 juin 1989 : 250 000 personnes assistent au transfert de la tombe de Imre Nagy, ex-Premier Ministre hongrois, martyr de la révolution de 1956. Cette date est considérée comme un tournant symbolique dans le changement de régime en Hongrie.
27 juin 1989 : les ministres des Affaires extérieures d’Autriche et de Hongrie coupent les barbelés séparant la frontière à Sankt Margarethen / Sopronkohida (Autriche/Hongrie).
23 Aout 1989 : Voie balte. 2 millions de Lituaniens, Lettons et Estoniens forment une chaine humaine de deux millions de personnes entre Vilnius, Riga et Tallinn pour protester contre l’occupation soviétique.
24 Aout 1989 : Tadeusz Mazowiecki devient Premier Ministre polonais, après que Solidarność ait gagné 99 des 100 sièges au Sénat et tous les sièges à la Sejm (161).
10 Septembre 1989 : création de « Neues Forum » en RDA. Avec l’Eglise protestante, c’est le principal mouvement réclamant des réformes démocratiques. Première grande manifestation à Leipzig le 25 Septembre 1989.
7 Octobre 1989 : en visite à Berlin-Est, Mikhaïl Gorbatchev « lâche » le régime est-allemand
4 Novembre 1989 : manifestation d’un million de personnes sur l’Alexander Platz à Berlin-Est
9 Novembre 1989 : ouverture du mur de Berlin
10 novembre 1989 : décret du Soviet suprême d'URSS déclarant les déclarations estonienne, lettone, lithuanienne et azéri sur la prééminence des lois des Républiques sur les lois de l'URSS en contradiction avec la Constitution et donc nulles et non avenues.
30 Novembre 1989 : ouverture des frontières entre la Tchécoslovaquie et l’Autriche.
21 – 25 Décembre 1989 : révolution sanglante en Roumanie
11 mars 1990 : déclaration restaurant l'indépendance de la Lituanie. A partir du 18 Avril, l’URSS impose un blocus économique à la Lituanie.
30 mars 1990 : déclaration restaurant l'indépendance de l'Estonie avec une période de transition.
4 mai 1990 : déclaration restaurant l'indépendance de la Lettonie avec une période de transition.
13 Janvier 1991 : alors que le monde a les yeux tournés vers Bagdad (première guerre du Golfe), les forces spéciales soviétiques donnent l’assaut à Vilnius (Lituanie) contre la télévision et le Parlement et font 14 morts et plus de 300 blessés civils.
20 Janvier 1991 : attaque du Ministère de l'intérieur à Riga (Lettonie) par les OMON: 6 morts et 10 blessés.
31 juillet 1991 : 7 gardes frontières du poste de douane de Medininkai (Lituanie) sont tués. Tout porte à croire que c'est le fait des OMON de Riga. Ce seront les derniers morts victimes de l’URSS de M. Gorbatchev.
19-21 Aout 1991 : échec du putsch de Moscou. Gorbatchev démissionne de son poste de Secrétaire général du parti communiste. En Septembre, l’URSS reconnait l’indépendance des Etats Baltes.
25 Décembre 1991 : Gorbatchev démissionne de son poste de président soviétique, 4 jours après que les représentants de onze républiques soviétiques (absents les 3 Républiques baltes et la Géorgie) aient constaté le décès de l'URSS à Alma-Ata, au Kazakhstan. L'Union soviétique cesse d'exister.
26 Avril 2005 : le Président russe Vladimir Poutine déplore la disparition de l'Union Soviétique, en déclarant au cours d'un discours devant le Parlement que c'était "la plus grande catastrophe géopolitique du siècle".
On a donc vu que l’ouverture du mur de Berlin n’a été qu’un épisode de la décomposition de l’empire soviétique, souvent sous la pression des peuples opprimés. Mais aussi, on a vu que l’URSS a encore continué à tuer après le 9 Novembre 1989. Toutefois, avec la chute du mur, ne sont-ce pas aussi nos défenses qui sont tombées ? Qui s’inquiète en effet des déclarations et des actes de Vladimir Poutine, réhabilitant Staline et l’URSS ?
(A suivre)
11:09 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : mur, berlin, urss, rda, lituanie, lettonie, estonie
17 septembre 2009
17 Septembre 1939: l’URSS attaque la Pologne
On en a largement parlé récemment: par le pacte Molotov – Ribbentrop du 23 Aout 1939, et notamment ses protocoles secrets, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique se partageaient des « sphères d’influence » dans les Etats les séparant, notamment les Etats Baltes et la Pologne.
Hitler, dont la priorité est la reconquête du corridor de Danzig, perdu lors du traité de Versailles, attaque la Pologne le 1er Septembre 1939, sous prétexte d’incidents de frontières. Ne disposant pas de blindés en nombre suffisants, l’armée polonaise est encerclée.
Le 17 Septembre 1939, en accord avec le pacte Molotov – Ribbentrop, 500 000 soldats de l’Armée rouge attaquent la Pologne par l’est, ne rencontrant pas une grande résistance de la part d’une armée polonaise déjà quasiment détruite par la Wehrmacht. Le 23 Septembre, Allemands et soviétiques font une parade commune à Brest-Litovsk. Varsovie capitule le 27 Septembre, et le 29 Septembre la Pologne est partagée entre les deux prédateurs, selon une ligne de démarcation convenue à l’avance.
Aujourd’hui, la version officielle russe est que « les troupes soviétiques sont entrées sur le territoire de l’Ukraine Occidentale et de la Biélorussie Occidentale que la Pologne avaient (sic) occupées pendant la guerre contre l’URSS de 1919-1920, en les considérant comme ses anciens territoires. {…} Moscou a déclaré qu’il ne pouvait pas laisser sans défense les peuples frères d’Ukraine et de Biélorussie » (cf. RIA-Novosti http://fr.rian.ru/world/20090916/123131079.html).
C’est beau comme de la propagande soviétique de l’époque. Prenons par exemple « Le Travail », organe du Parti Socialiste genevois, du mardi 19 Septembre 1939, citant une "Note relative à l'entrée des troupes soviétiques". Avec notamment un passage cynique du discours de Molotov qui n'en manque pas: « Le Gouvernement soviétique a l'intention de prendre toutes les mesures pouvant délivrer le malheureux peuple polonais » ! Et plus loin : « Le Gouvernement soviétique a toujours dit également qu'il viendrait au secours des nations luttant pour leur indépendance ». Comme bientôt les 3 Etats baltes ?
Car il y a quand même quelques points de détail à opposer à la version officielle russe actuelle:
# c’était la volonté de Lénine en 1919 d’exporter la révolution bolchevique en Europe, notamment en la liant à la révolution spartakiste en Allemagne. La Pologne a le tort de se trouver sur le chemin …… Le général Mikhaïl Toukhatchevski déclarera : « A l’Ouest ! Sur le cadavre de la Pologne Blanche se trouve la route à la révolution mondiale. Marchons sur Vilno (Vilnius), Minsk, Varsovie ! »
# un traité de paix a été signé à Riga le 18 Mars 1921 entre la Pologne et la Russie bolchevique, mettant fin à la guerre de 1919 – 1920.
Mais certains rappellent que dans l’armée de Toukhatchevski, qui a subi une désastreuse défaite militaire après le miracle de la Vistule, obligeant les soviétiques à demander la paix, il y avait un certain général Staline. Et que celui-ci voulait, en 1939, se venger de cette humiliation subie face à la Pologne. Et comme M. Poutine est un fervent admirateur de Staline, la boucle est bouclée !
Soldats polonais et drapeaux Soviétiques après la bataille de Varsovie
11:20 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : pologne, urss, 1939
21 août 2009
Le Pacte Molotov – Ribbentrop et ses conséquences (1)
(Je commence la rédaction et la mise en ligne de plusieurs posts pour expliquer une série d’événements qui ont pour point de départ le pacte de non agression germano – soviétique, dit Pacte Molotov – Ribbentrop)
Après leur retour (Lituanie – 16 Février 1918) ou leur accession à l’indépendance (Lettonie – 18 Novembre 1918 et Estonie – 24 Février 1918), les trois Etats Baltes avaient signé avec la Russie soviétique (l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques n’étant fondée que le 30 Décembre 1922) :
# en 1920, des traités de paix (Estonie 2 Février, Lituanie 12 Juillet, Lettonie 11 Aout)
# des pactes de non-agression (Lituanie 28 Septembre 1926, Lettonie 5 Février 1932, Estonie 4 Mai 1932). Le Pacte avec la Lituanie fut prolonge pour 5 ans le 6 Mai 1931, puis, avant même son expiration pour 11 ans le 4 Avril 1934.
Au début de Novembre 1938, pressentant l’approche du conflit européen, les organes législatifs des trois Républiques adoptèrent des textes de lois identiques, manifestant leur ferme volonté de rester neutres, à l’écart d’un éventuel conflit.
Par ailleurs, inquiétée par les projets d'expansion à l'Est de l'Allemagne nazie (à la recherche de son « espace vital ») ainsi que par la rhétorique très agressive d'Hitler (pour lequel les Slaves sont des « sous-hommes » devant être exterminés ou réduits en esclavage), l'URSS presse à de nombreuses reprises la France et le Royaume-Uni de conclure des accords d'alliance incluant des clauses d'entraide militaire si l'un des pays venait à être attaqué par l'Allemagne.
Les atermoiements franco-anglais face à une telle alliance contre l'Allemagne nazie, ainsi que leurs concessions à Hitler et les indices montrant que ces pays espéraient une guerre entre l'Allemagne et l'URSS, peuvent expliquer que l'URSS, se détournant de démocraties occidentales perçues comme indifférentes, sinon hostiles envers elle, se rabatte sur un accord avec l'Allemagne.
Le 23 août 1939, l'URSS, représentée par Viatcheslav Molotov, et l'Allemagne nazie, représentée par Joachim von Ribbentrop (tous deux ci-dessous avec Staline), signèrent à Moscou un Traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union des républiques socialistes soviétiques, plus communément appelé Pacte germano-soviétique ou encore Pacte Molotov-Ribbentrop, du nom de ses signataires.
Le traité proclamait un renoncement au conflit entre les deux pays, ainsi qu'une position de neutralité dans le cas où l'un des deux pays signataires serait attaqué par une tierce partie.
Mais le traité comportait également plusieurs protocoles restés longtemps secrets qui déterminèrent le destin des Etats Baltes pour 50 ans. Dans ces protocoles, les deux puissances totalitaires s’entendaient pour se partager la Pologne et pour désigner la frontière nord de la Lituanie comme ligne de partage entre leurs « sphères d’influence ». Ainsi, la Finlande, l’Estonie et la Lettonie tombaient dans la sphère d’influence soviétique, la Lituanie dans celle de l’Allemagne.
Ne craignant pas une interférence de l’URSS, Hitler envahit donc la Pologne le 1er septembre 1939, ce qui conduit à la deuxième guerre mondiale par l’intervention, le 3 Septembre, de la France et de la Grande-Bretagne volant au secours de leur allié polonais. De son côté, l’URSS envahit la Pologne par l’est le 17 Septembre, à partir de l’Ukraine et de la Biélorussie. Le 28 septembre 1939, les deux puissances totalitaires signèrent un nouvel accord de délimitation des frontières, avec un accord secret complémentaire par lequel la Lituanie tombait, à présent, dans la sphère des intérêts soviétiques. (Ci-dessous, rencontre de soldats allemands et soviétiques à Lublin, en Pologne)
(A suivre)
11:38 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : urss, molotov, ribbentrop, voie balte, baltijos kelias, ruban noir, russie
10 mai 2009
La photo de la veille: “Back to USSR”
J’avais le choix pour illustrer les cérémonies du 64ème anniversaire de la fin de la Grande Guerre Patriotique (sic) à Moscou, Riga ou ailleurs.
J’ai choisi la photo ci-dessous, à mon sens symbolique. Avant un défilé, démonstration de la puissance (au moins voulue, à défaut d’être réelle) de l’armée russe, ouvert par un drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau, le Président Medvedev a prononcé un discours sous les auspices de l’URSS (en cyrillique : CCCP) !
Dans ce discours, où chacun aura relevé une nouvelle menace à peine voilée contre la Géorgie, une phrase, lourde de conséquences, est passée relativement inaperçue : « Nous sommes sûrs que toute agression contre nos citoyens fera l’objet d’une réponse digne de ce nom ». Quand on sait que l’attribution massive de passeports russes aux Abkhazes et aux Ossètes avait servi de prétexte à l’intervention russe en Géorgie, il ne serait sans doute pas inutile de se pencher sur la même démarche en Transnistrie (Moldavie) et en Estonie.
Histoire d’en rajouter une couche : ce portrait de Staline, dans la tribune des anciens combattants au même défilé. Staline, combien de millions de morts ? Un point de détail de l’histoire sans doute ……
09:36 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : russie, urss, staline, 9 mai, grande guerre patriotique
13 janvier 2009
Commémoration du 13 Janvier 1991 à Vilnius
L'Acte de rétablissement de l'État indépendant de Lituanie est adopté par le Soviet Suprême de la Lituanie, devenu Diète Reconstituante, le 11 mars 1990 à 22 heures 44. La Diète déclare également l'entrée en vigueur de la Constitution de 1938 de la République de Lituanie, afin de démontrer la continuité de la souveraineté de la Lituanie. Pour cause de Perestroïka, les autorités soviétiques avaient lâché du lest et ne réagissent pas tout de suite. Soudain, début 1991, c’est l’affrontement.
Le 2 janvier 1991, à Riga, la capitale lettone, ce sont les troupes spéciales du ministère de l'Intérieur d'URSS qui investissent l'imprimerie d'où sortent presque tous les journaux du pays. Le 7 janvier, ce sont les parachutistes qui sont dépêchés par le ministère de la Défense d'URSS dans les trois pays baltes pour y contraindre les conscrits à rejoindre l'armée. A Vilnius, ce sont les blindés de l'URSS qui patrouillent dans les rues. Le président Vytautas Landsbergis, issu des élections de 1990, appelle la population de Lituanie à se rassembler pour exiger liberté et indépendance.
Le 10 janvier, Gorbatchev exige du Soviet suprême de Lituanie la restauration de la Constitution soviétique, menaçant, s'il n'est pas entendu, d'y imposer son pouvoir présidentiel direct. Les dirigeants lituaniens se tournent vers les gouvernements occidentaux pour à qui ils demandent d'être les garants de l'indépendance de leur pays.
Les 12 et 13 janvier, à Vilnius, alors que le monde entier a les yeux tournés vers la première guerre du Golfe, les parachutistes de l'Armée rouge tentent de prendre le contrôle de la télévision lituanienne. On relèvera 14 morts et plus de 600 blessés. Le 13, Gorbatchev s'entretient au téléphone avec Vytautas Landsbergis à qui il assure n'avoir appris les faits qu'après coup. Qui peut croire ça une seule seconde dans l’URSS hyper centralisée ?! Pendant ces journées, des milliers de Lituaniens formeront un rempart humain pour défendre le Parlement et empêcheront ainsi sa prise d’assaut.
Le 17 janvier, à Riga, les militaires soviétiques se heurtent aux civils qui avaient mis en place des barrages pour bloquer les accès de la ville. Un manifestant est tué. Le 20 janvier, quatre personnes sont tuées à Riga lorsque les forces spéciales du ministère de l'Intérieur d'URSS donnent l'assaut contre le ministère de l'Intérieur letton.
A Moscou, 100 000 personnes descendent dans la rue pour protester contre la répression qui sévit dans les républiques baltes. Gorbatchev, finalement, se refuse à imposer l'administration directe aux trois pays baltes. Les Baltes ont fait reculer l’Union Soviétique. Mais celle-ci continuera pourtant à tuer : 7 douaniers et garde-frontières lituaniens sans armes seront massacrés à Medininkai le 31 Juillet 1991.
On me dira que tout ça c’est le passé. En êtes-vous bien sûr ? Si j’en crois la tragédie du sous-marin Koursk (Aout 2000 : 118 hommes d’équipage morts faute d’avoir fait appel à temps à l’aide étrangère), celle du théâtre « Nord-Ost » (Octobre 2002 : 129 otages civils tués au cours de l’assaut, la plupart par le gaz asphyxiant employé) ou encore celle Beslan (Septembre 2004 : 331 civils tués dans des circonstances controversées), la vie d’un civil ne pèse pas plus lourd dans la Russie d’aujourd’hui que dans celle de l’URSS d’hier.
08:40 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vilnius, urss, independance
23 août 2008
23 Aout 1939: le pacte Molotov – Ribbentrop
Le 23 Aout 1939, l’URSS, représentée par Viatcheslav Molotov, Président du Conseil des commissaires du peuple (Sovnarkom) et Ministre des Affaires Etrangères, et l’Allemagne nazie, représentée par Joachim von Ribbentrop, Ministre des Affaires Etrangères, signent à Moscou, en présence de Staline, un Traité de non-agression entre l’Allemagne et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques.
Le traité proclamait un renoncement aux conflits entre les deux pays, ainsi qu’une position de neutralité au cas où l’un des deux pays signataires serait attaqué par une tierce partie. Mais il est surtout important par ses protocoles, demeurés longtemps secrets, qui délimitaient les sphères d’influence de l’Allemagne et de l’URSS dans les pays situés entre eux, et notamment les Etats Baltes (par un nouveau protocole du 28 septembre, la Lituanie, qui devait primitivement échoir a l’Allemagne, tomba dans la sphère soviétique). En outre, la Gestapo et le NKVD (ancêtre du KGB) s’engageaient à se livrer réciproquement les opposants refugiés de l’autre pays, et Staline fit effectivement livrer à la Gestapo nombre d’antifascistes allemands qui avaient cru trouver refuge en URSS.
Ce pacte permit à l’Allemagne de rapatrier des divisions, notamment blindées, vers l’ouest, sans craindre une attaque soviétique venant de l’est, et donc d’attaquer tranquillement la France. Auparavant, l’Allemagne avait agressé la Pologne le 1er Septembre 1939 et l’URSS s’y était associé le 17 Septembre, occupant la partie orientale du pays.
Le pacte fut rompu de facto le 22 Juin 1941, quand l’Allemagne déclencha l’opération « Barbarossa » contre l’Union soviétique, celle-ci étant d’ailleurs a priori prise par surprise.
On assiste donc bel et bien à une réécriture de l’histoire quand la Russie d’aujourd’hui célèbre la « Grande Guerre Patriotique » et affirme péremptoirement qu’elle a pris la part la plus importante à la victoire sur le fascisme. Elle en avait été d’abord l’alliée, pendant 22 mois.
Dans les Etats Baltes, le 23 Aout est le jour du ruban noir.
Lors de la première occupation soviétique, conséquence de ce pacte sovieto-nazi, les Etat Baltes furent victimes d’une première vague de déportations et d’exécutions (environ 160 000 victimes) entre Juin 1940 et Juin 1941. Avec la seconde occupation de 1944, les Soviétiques recommencèrent à déporter, si bien que ces petits pays auraient vu près de 500 000 des leurs happés par la machine répressive soviétique. A noter qu’aujourd’hui la Russie refuse toujours de reconnaitre qu’il y ait eu occupation des Etats Baltes.
Le 23 Aout 1987, eut lieu, devant la statue d’Adomas Mickevičius (Adam Mickiewicz), près de l’église Ste Anne, la première manifestation pour protester contre l’occupation soviétique, manifestation rapidement réprimée.
Mais le 23 Aout 1988, c’est une manifestation de masse, organisée par Sajūdis (« Mouvement pour la reconstruction en Lituanie »), qui condamne l’agression dont la Lituanie avait été victime et qui réclame la publication des protocoles secrets du pacte germano-soviétique.
Enfin, le 23 Aout 1989, pour marquer le 50ème anniversaire du Pacte Molotov-Ribbentrop. 2 millions de Baltes s’unissent de Vilnius (place de la cathédrale) à Tallinn via Riga (560 km) dans une gigantesque chaine humaine (en lituanien Baltijos Kelias). Moscou parla alors de « dérive indépendantiste menée par des extrémistes irresponsables ». Mais, quelques jours plus tard, le directeur de l’Institut des archives historiques de l’URSS reconnaissait dans la Pravda l’existence des protocoles secrets ! Le retour à l’indépendance était en marche.
Une très belle chanson à propos de cette chaine baltique, sur des images de l’époque : le courage de trois peuples défiant l’occupant soviétique, qui tuera encore des innocents Lituaniens jusqu’en Juillet 1991 : http://www.youtube.com/watch?v=MXxDFw3tm0o&feature=re...


07:45 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : urss, baltes, nazi
31 juillet 2008
31 Juillet 1991: assassinat de sept garde-frontieres lituaniens
Il y a exactement 17 ans, sept garde-frontières lituaniens sans armes étaient assassinés de sang froid par un détachement d’OMON (unité de police spéciale) venu de Riga, au poste frontière de Medininkai, près de la grande route Vilnius – Minsk. Après que la Lituanie ait déclaré son retour à l’indépendance le 11 Mars 1990, elle s’est attachée à assurer la protection et l’inviolabilité de ses frontières. Des garde-frontières ont donc commencé à prendre leur service sur 64 points de passage le 19 Novembre 1990. Le gouvernement soviétique, dont les troupes occupaient bien sûr toujours la Lituanie, considérant que ces postes étaient illégaux, envoya ses OMON contre eux.
Ce fut d’abord l’attaque et la destruction des postes de Medininkai et de Lavoriškės le 27 Janvier 1991. Puis l’assassinat de Gintaras Žagunis, garde frontière au poste de Krakūnai le 19 Mai 1991. Et enfin cet assassinat de Medininkai, le 31 Juillet 1991, survenu apparemment à 4 heures du matin, au cours duquel sept gardes, non armés, ont été exécutés d’une balle dans la tête. Ils étaient le symbole de l’indépendance, le symbole du combat pour la liberté.
L’unique survivant, handicapé à vie, Tomas Šemas (ci-dessous), déclare ne pas vouloir de vengeance, mais simplement que ceux qui ont commis ce crime se rendent compte de leur acte. Car aujourd’hui, la plupart des hommes soupçonnés d’avoir participé à ces actions sont des citoyens russes, et la Russie refuse de les extrader pour qu’ils soient entendus et jugés, car ce serait contraire à sa Constitution. Le même argument que pour un certain Andreï Lougovoï, soupçonné d’empoisonnement au polonium 210 sur son ex-collègue Alexandre Litvinenko……

Aujourd’hui les OMON existent toujours, notamment en Russie et au Belarus. Ils se sont récemment « distingués » dans la répression de manifestations pacifiques de l’opposition russe en 2006 et 2007, utilisant la force de façon excessive et emprisonnant arbitrairement les participants.

07:02 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : medininkai, lituanie, urss, garde-frontieres
25 juin 2008
Lituanie: symboles soviétiques et nazis interdits
Ce 17 Juin 2008, le Parlement lituanien a adopté un amendement à la loi « sur les rassemblements », interdisant les symboles soviétiques au même titre que les symboles nazis lors des meetings, manifestations et autres événements publics. Tombent sous le coup de la loi les drapeaux, armoiries, insignes et uniformes portant la croix gammée, la faucille et le marteau ou l’étoile rouge, ainsi que les portraits des « guides » et les hymnes.
Bien évidemment, les autorités russes se sont indignées. Le porte-parole du Ministère russe des Affaires Etrangères a ainsi déclaré : « Tirer un trait d’égalité entre les symboles de l’Etat ayant apporté une contribution décisive à la victoire sur le fascisme lors de la Seconde Guerre mondiale et les symboles nazis ne peut être interprété autrement que comme une profanation de la mémoire de ceux qui, au prix des pertes les plus cruelles, ont sauvé le monde de la peste brune ».
Il aurait sans doute été utile de rafraîchir la mémoire du dit porte parole en lui rappelant que les mêmes avaient été alliés de la dite peste brune de 1939 à 1941, s’étaient rendus coupables d’exactions comme – entre autres - l’assassinat des Officiers polonais à Katyn (1940) et avaient occupé la moitié est de l’Europe pendant 45 ans (avec exécutions et déportations).
Le 23 Juin, les Présidents Medvedev (Russie) et Loukachenko (Belarus), réunis à Brest (ex Brest-Litovsk), dans une dialectique typiquement marxiste, ont dénoncé le fait que certains pays européens (étaient visés les Etats Baltes et l’Ukraine) mettaient en doute les résultats de la Seconde Guerre mondiale, faisaient l’éloge du nazisme (sic) et considéraient les nationalistes ayant collaboré avec l’Allemagne nazie comme des vétérans de guerre.
Deux questions :
- Quelle sera l’attitude de la Lituanie quand, lors d’une rencontre sportive, devra être joué l’hymne national russe ? Car il n’est pas inutile de rappeler qu’en 2000 Vladimir Poutine a remis à l’ordre du jour l’hymne soviétique de 1944.
- Quel va être le devenir de la statue de soldats soviétiques, régulièrement taguée, qui « orne » le Pont Vert à Vilnius ? Verra-t-on, comme à Tallinn, des troubles instrumentalisés par Moscou si son démantèlement est décidé ?
En tout état de cause, force est de constater que, si le procès des crimes nazis a eu lieu, celui des crimes soviétiques reste à faire. Quand on sait qu’une majorité des Russes d’aujourd’hui considèrent que Staline a fait de grandes choses pour la Russie , on mesure la longueur du chemin à parcourir. Mais merci à la Lituanie de montrer le chemin.
17:19 Publié dans Lituanie | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : urss, russie, lituanie, soviétique, nazi
11 mars 2008
11 Mars 1990: la Lituanie retrouve son indépendance
La Lituanie, plus grand empire d’Europe au XVème siècle, avait disparu lors des trois partages de la Pologne–Lituanie (1772, 1793 et 1795), englobée dans l’empire russe. Elle avait retrouvé son indépendance le 16 Février 1918 dans les soubresauts de la fin de la 1ère guerre mondiale : retrait des Allemands, combats contre les bolcheviques et les corps francs de Bermont-Avaloff, occupation de la région de Vilnius par les Polonais, coup de main contre les Français à Memel/Klaipėda. En dépit du traité de paix avec la Russie soviétique le 12 Juillet 1920, la Lituanie sera occupée par celle-ci à partir du 15 Juin 1940, en vertu du pacte Molotov-Ribbentrop (23 Aout 1939). Mais la Lituanie ne baissera jamais les bras : combats de partisans jusqu’en 1953, immolation de Romas Kalanta à Kaunas le 14 Mai 1972, première manifestation timide le 23 Aout 1987 pour protester contre le pacte Molotov-Ribbentrop, fondation de Sajudis le 3 Juin 1988. A partir de cette date, les manifestations allaient se multiplier, rassemblant de plus en plus de monde.
Le 18 Mai 1989, le Soviet (devenu Conseil) suprême de Lituanie adopta une déclaration solennelle sur la souveraineté de la Lituanie et déclara que les lois de la République de Lituanie primaient sur celles de l’URSS. Le 23 Aout 1989, ce fut la chaine humaine de 2 millions de personnes, Baltijos Kelias, reliant Vilnius à Tallinn via Riga pour protester contre l’occupation soviétique, chaine qui eut un énorme impact dans le monde en raison de sa couverture par les télévisions étrangères.
Le 24 Février 1990 eurent lieu les premières élections libres au Conseil suprême, qui consacrèrent la victoire du Sajudis (101 sièges sur 141), bien que le parti communiste d’Algirdas Brazauskas se soit transformé en parti social-démocrate. Le 11 Mars 1990, le Conseil suprême de la RSS de Lituanie s’autoproclama Parlement légitime, exprimant la volonté de la Nation, et vota l’acte rétablissant l’Etat lituanien. Vytautas Landsbergis (ci-dessous) fut élu président du Conseil suprême, faisant fonction de Chef de l’Etat et Kazimiera Prunskienė fut nommée Premier ministre.

Mais les troupes soviétiques occupaient toujours la Lituanie. L’URSS commença sa reprise en main le 18 Avril 1990 par un embargo sur l’approvisionnement en pétrole. Force est de constater que les réactions des Occidentaux aux demandes d’aide de la Lituanie furent prudentes, pour ne pas dire pusillanimes (= fuyant leurs responsabilités). Puis, alors que l’attention du monde était tournée vers le Koweit, les OMON attaquèrent la télévision de Vilnius le 13 Janvier 1991, faisant 14 morts parmi les civils désarmés. Ils n’osèrent toutefois pas attaquer le Parlement, transformé en camp retranché et protégé par des milliers de Lituaniens. Le 31 Juillet 1991, ces mêmes OMON tuaient encore 7 gardes frontières lituaniens au poste de Medininkai.
Ce n’est qu’à la suite de l’étrange vrai-faux putsch de Moscou (19-21 Aout 1991) que les dirigeants occidentaux se précipitèrent pour reconnaitre l‘indépendance des Etats Baltes, alors que, quelques semaines avant, ils feignaient de ne voir qu’une affaire intérieure de l’URSS, afin de ne pas gêner Gorbatchev. Le 23 Aout 1991, la statue de Lénine était déboulonnée devant le siège du KGB, par la même grue qui servira, quelques jours plus tard, à réinstaller les statues des Saints au fronton de la cathédrale. La Lituanie entrera à l’ONU le 17 Septembre 1991, et l’Union soviétique implosera le 8 Décembre 1991.
Comme diraient les jeunes, « respect » à ce petit pays qui tint tête à la machine criminelle soviétique. Pays que l’on ferait bien d’écouter quand il dit aujourd’hui que la Russie de M. Poutine (et de M. Medvedev) n’est pas un parangon de démocratie…

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05 mars 2008
5 mars 1940: ordre d’exécution de Katyn
Lorsque la Pologne fut envahie par les armées allemandes, le 1er septembre 1939, et soviétiques, le 17 Septembre 1939, en vertu du pacte Molotov – Ribbentrop, environ 250 000 soldats polonais, dont 10 000 Officiers furent faits prisonniers par les soviétiques. Fin Février 1940, 6 192 policiers et assimilés et 8 375 Officiers restaient toujours internés. Ceux-ci furent triés, les camps de concentration de Kozielsk (5 000) et de Starobielsk (4 000) recevant les Officiers (et parmi eux de nombreux étudiants), celui d’Ostaszków (6 570) les cadres de la police, de la gendarmerie et du scoutisme.
Le 5 Mars 1940, les membres du Politburo (organe suprême du comite central du parti communiste d’Union soviétique) – Staline, Molotov, Vorochilov et Beria – signent l’ordre d’exécution des « nationalistes et contre-révolutionnaires » polonais. Kaganovitch et Kalinine sont absents à la réunion mais se prononcèrent favorablement.
Entre le 3 avril et le 13 mai 1940, 4 404 prisonniers furent transportés de Kozielsk, dans la forêt de Katyń, près de Smolensk, où ils furent abattus d’une balle dans la nuque et ensevelis dans des fosses communes. Les 3 896 prisonniers de Starobielsk furent assassinés dans les locaux du NKVD à Kharkov et les 6 287 hommes détenus à Ostaszków tués à Kalinine (aujourd’hui Tver). Les massacres ont donc concerné au cours de ces seuls trois mois plus de 14 400 Polonais. Il faut ajouter à cela près de 7 800 membres de réseaux de résistance et fonctionnaires divers, non mobilisés dans l’armée, qui, au titre de la décision du 5 mars 1940, furent fusillées par les OSO (Conseil spécial de la Police).
En Aout 1941, donc quelques semaines après le début de l’invasion de l’URSS par les Allemands, ceux-ci découvrent les premiers charniers, qui seront suivis d’autres jusqu’au printemps 1943. Radio-Berlin rend la découverte publique le 13 Avril 1943, en accusant les soviétiques du forfait. Ceux-ci répliquèrent que ces atrocités avaient été commises par les nazis lors de leur avance de 1941. Une commission internationale et une commission de la Croix-Rouge datèrent les massacres de 1940, mais cette dernière ne publia pas ses résultats « afin de ne pas faire le jeu de la propagande allemande ». En 1944, les Alliés, notamment Américains et Anglais refusèrent les résultats des enquêtes de leurs propres envoyés accusant les soviétiques, car ils avaient besoin de l’alliance avec l’U.R.S.S.
Ce n’est qu’en 1990 que Mikhaïl Gorbatchev reconnut que le NKVD était responsable du massacre et présenta des excuses officielles au peuple polonais. Il fallut attendre 1992 pour que Boris Eltsine remette à Lech Walesa plusieurs documents, dont l’ordre d’exécution des Officiers polonais. Cependant, la transparence complète n’est pas encore de mise puisque, en 2005, la Russie de M. Poutine refusa de remettre à la Pologne des documents encore classés secrets.
En Avril 2006, une plainte a été déposée devant la Cour européenne des Droits de l’Homme contre la Russie, en vue de faire reconnaitre le crime de Katyn comme crime contre l’humanité.

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