14 décembre 2009
2010: à l’est, des élections
Vous ne l’avez peut-être pas remarqué; mais l’année 2010 c’est dans 15 jours ! Et, en 2010, des élections vont se tenir dans un certain nombre de pays de la nouvelle Europe : Ukraine (présidentielles, Janvier), Hongrie (Avril ou Mai), Lettonie (Octobre ?), République Tchèque (Mai), Slovaquie (Juin) et Pologne (présidentielles, avant Octobre).
Les élections présidentielles ukrainiennes (1er tour le 17 Janvier, 2ème tour éventuel le 7 Février) sont celles qui offrent le plus de risques. Le dernier sondage, effectué du 1er au 6 Décembre, indique que 89 % des sondés avaient l’intention d’aller voter. Parmi ceux-ci, le candidat pro-russe du « Parti des Régions », Viktor Yanukovytch (ci-dessous) est crédité de 34 % des voix au premier tour (47 % dans les régions est du pays), devant Sergey Tigipko (2ème ci-dessous - 11 %) et Yulia Tymoshenko (3ème ci-dessous, actuel Premier Ministre – 10 %). L’actuel Président pro-occidental, Viktor Yushchenko (4ème photo) est dans les profondeurs du classement avec seulement 3 % des intentions de vote.
On se souviendra que l’élection controversée de Viktor Yanukovytch en 2004 (le premier tour fut marqué par de nombreuses irrégularités et la publication des résultats fut chaotique), que Vladimir Poutine était venu soutenir entre les deux tours, avait entrainé la « Révolution Orange » et un troisième tour, que Viktor Yushchenko avait remporté. Yanukovytch avait à l’époque comme directeur de campagne un dénommé …… Sergey Tigipko. Les Ukrainiens ont donc la mémoire courte et s’apprêteraient à rebasculer dans la sphère d’influence de la Russie.
En outre, L’Ukraine est un des pays les plus affectés par la crise économique mondiale. En Novembre 2008, elle a obtenu du FMI un prêt de 16,4 milliards de dollars, dont elle a pour l’instant reçu 10,6 milliards en trois tranches. Mais, d’après le vice-Premier Ministre Grygory Nemyria, si l’Ukraine ne reçoit pas rapidement 2 milliards de dollars, il sera extrêmement difficile de payer les salaires et les retraites dans le secteur public, ainsi que de couvrir les engagements internationaux (comprendre : payer le gaz russe). Cette situation explique que le Premier Ministre, Yulia Tymoshenko, soit en chute dans les sondages.
A suivre donc, dès le 17 Janvier 2010.
17:27 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : elections, presidentielles, ukraine
20 novembre 2009
Brigade Polono-lituano-ukrainienne
En marge d’un sommet de l’OTAN, le lundi 16 Novembre à Bruxelles, la Pologne, la Lituanie et l’Ukraine ont signé une lettre d’intention créant une Brigade commune.
Cette Brigade, baptisée LITPOLUKRBRIG, pourra être utilisée dans des opérations internationales de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU et de l’Union Européenne, mais également de l’OTAN. Son état-major sera installé en Pologne et sa langue de communication sera l’anglais. Les postes de commandant en chef, d’adjoint et de chef d’état-major seront occupés à tour de rôle par des officiers des trois pays.
Selon le communiqué, la création de cette brigade « a pour objectif le soutien aux efforts de l’Ukraine dans son intégration aux structures euroatlantiques ». Il existe déjà un bataillon commun polono-ukrainien de 754 hommes (POLUKRBAT) depuis Mars 1998, déployé au Kosovo depuis Juillet 2000. Il existe également un bataillon polono-lituanien de 786 hommes (LITPOLBAT) depuis Avril 1999.
Pour la Russie, qui feint toujours de se sentir menacée par l’OTAN, "il s'agit d'accorder aux pays de l'espace postsoviétique, notamment à l'Ukraine, une sorte d'ersatz de garanties de sécurité que ces pays souhaitent obtenir une fois membres de l'Alliance atlantique. La question de l'adhésion à l'Otan étant repoussée sine die, plus personne n'en parle sérieusement à présent".
Pour l’historien amateur que je suis, il ne manque plus que le Belarus pour que soit recréée la République des Deux Nations dépecée entre 1772 et 1795 par la Prusse, l’Autriche et la Russie.
16:01 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : otan, litpolukrbrig, lituanie, pologne, ukraine, brigade
28 août 2009
La bourde d’or: Northstream
La bourde d’or nous est offerte aujourd’hui par le site EurActiv.com. Dans un article titré « La Lituanie en froid avec Nord Stream », on peut lire :
« Dalia Grybauskaitė {…} n’a pas caché son hostilité au projet de gazoduc Nord Stream, conçu pour amener le gaz russe directement en Allemagne en contournant l’Ukraine. ». (http://www.euractiv.com/fr/energie/lituanie-froid-nord-st...)
C’est sûr que ce n’est pas faux. Northstream contourne bien l’Ukraine. On peut dire aussi qu’il contourne l’Islande, le Kamtchatka, le Timor oriental, la Patagonie, etc.…… Mais, en passant sous la Baltique pour aller de Vyborg (Russie) à Greifswald (Allemagne), c’est surtout les Etats Baltes et la Pologne que le gazoduc Northstream va contourner (cf. carte in fine). On ne voit d’ailleurs pas ce qu’il irait faire en Ukraine pour amener en Allemagne du gaz du grand nord sibérien.
EurActiv est une entreprise britannique, média indépendant, dont la vocation est de compléter l'information fournie par les sites des institutions européennes. Elle se décrit comme réunissant « les compétences de professionnels dotés d’une expérience dans les affaires européennes, le journalisme, l’information et la communication ainsi que l’Internet ». On frémit s’ils n’étaient pas compétents……
Il n’y aurait donc pas que les Français qui soient nuls en géographie ?
09:06 Publié dans La bourde d'or | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : bourde, ukraine, etats baltes, northstream
11 août 2009
Medvedev montre ses muscles
Alors que son Premier Ministre, Vladimir Poutine, passé des vacances médiatisées (cf. ci-dessous), le Président russe Dmitri Medvedev s’essaie dans le rôle du méchant.
Tout d’abord, ce lundi 10 Aout, il a soumis à la Douma (chambre basse du Parlement russe) un projet de loi « appelé à créer un mécanisme juridique permettant au Chef suprême des armées à rapidement envoyer des unités militaires russes à l’étranger pour protéger les intérêts de la Russie et de ses citoyens ».
On n’a pas souvenir que l’absence d’une telle loi ait empêché la 58ème Armée Russe d’intervenir en territoire reconnu comme géorgien en matière de droit international, afin de protéger les Sud-Ossètes à qui on avait distribué généreusement des passeports russes. On surveillera donc avec intérêt l’attribution de la citoyenneté russe dans les Etats de l’ex-Empire.
Ce mardi 11 Aout, le même Président Medvedev (ci-dessous) a décidé d’ajourner l’envoi du nouvel ambassadeur de Russie en Ukraine, Mikhail Zourabov, « dans le contexte de la ligne antirusse menée par la direction ukrainienne ». Pour être clair, le Président russe a ajoute que les relations seraient gelées « jusqu'à la cérémonie d’investiture du nouveau Président ukrainien ». Les Russes reconnaissent eux-mêmes que c’est une mesure sans précédent, contraire à la pratique diplomatique.
Certains se réjouiront de voir la Russie retrouver sa puissance. D’autres trouveront que c’est jeter inutilement de l’huile sur le feu. Mais, pendant ce temps-là, le nouveau secrétaire général de l'Alliance Atlantique, Anders Fogh Rasmussen (ci-dessous), promettait au délégué permanent russe auprès de l'OTAN, Dmitri Rogozine, de "tourner la page sombre" dans les relations avec la Russie. Alors, pourquoi se gêner ?!
18:58 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : russie, ukraine, georgie, medvedev, poutine
22 mai 2009
Une commission pour défendre la vision russe de l’histoire
Dans une vidéo publiée sur son Blog le 8 Mai, le Président russe, Dmitry Medvedev a ordonné l’installation d’une commission spéciale, destinée à « contrer les tentatives de falsifications de l’histoire au détriment des intérêts de la Russie ».
Les Etats étrangers sont particulièrement visés. Les cas les plus saillants sont l’Ukraine, qui cherche à faire reconnaitre la famine de la période Stalinienne (l’Holodomor, en 1932-1933) comme génocide, et les Etats baltes qui demandent des compensations pour l’ « occupation » soviétique (les termes et les guillemets sont extraits de l’agence RIA-Novosti).
La commission, dirigée par le chef de l’administration Russe, Sergei Naryshkin, sera composée de 28 « experts » provenant de l’administration présidentielle, du service de sécurité fédéral (FSB, principal successeur du KGB), du service de renseignement international (SVR, lui aussi issu du KGB), de la Douma d’Etat, des archives, ainsi que des ministères des affaires étrangères, du développement régional, de la justice et de la culture.
On notera donc que, pour une commission chargée de statuer sur l’histoire, les historiens n’y sont apparemment pas en nombre. Certains pourraient alors être tentés de voir dans le but de cette commission, non pas la recherche de la vérité historique, mais la subordination de l’histoire aux besoins de l’exécutif russe actuel.
12:42 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : russie, commission, histoire, ukraine, etats baltes
09 avril 2009
La bourde du jour
Les medias nous ont habitués à ce qu’ils confondent régulièrement Lituanie et Lettonie. Le dernier en date que j’avais pris la main dans le sac était TV5 Monde qui, au cours de son journal télévisé, avait lourdement insisté sur « des illuminations à Riga en Lituanie ».
Hier « Euronews », sur son site Internet, a fait très fort. La chaine européenne, basée à Lyon, dont les actionnaires sont 22 télévisions européennes et maghrébines, a parlé de « la Moldavie, pays le plus pauvre d’Europe, enclavé entre la Roumanie et la Lituanie ». Oui, vous avez bien lu : celui qui a écrit l’article (je n’ose parler de journaliste……) a confondu l’Ukraine et la Lituanie ! Confondant !
Je ne vois que deux raisons possibles à cette bourde : le rédacteur de cet article soit avait ingéré des substances illicites soit avait utilisé une carte d’Europe du XVème siècle, quand le Grand-duché de Lituanie de Vytautas s’étendait de la Baltique à la Mer Noire, englobant l’ouest de l’Ukraine actuelle.
Le scandale n’a cessé que lorsque le Consul honoraire de Lituanie en Rhône-Alpes a téléphoné à la chaine !
Il peut m’arriver d’écrire des erreurs. Mais la différence est que je ne m’adresse pas à 248 millions de foyers (cf. Wikipedia) et surtout qu’en fin de mois je ne suis pas payé pour ça ! Quand on lit qu’Euronews « s'engage à présenter un exposé impartial, qui sera préparé ou commenté par des journalistes professionnels,…… », ça fait frémir !
04:36 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : lituanie, moldavie, ukraine
27 février 2009
Guerre du gaz : on remet ça ?
Le russe Gazprom, premier exploitant et le premier exportateur de gaz au monde, à moins que ce ne soit le gouvernement russe, ce qui revient à peu près au même, menace de nouveau de couper le gaz à l’Ukraine.
C’est le quotidien russe « Kommersant » rapporte que c’est le directeur financier de Gazprom qui a déclaré mercredi dernier, devant le conseil d’administration réuni à huis clos : « Si 400 millions de dollars ne sont pas payés le 7 mars, alors une fois de plus nous allons devoir couper le gaz à l’Ukraine le 8 Mars ».
La société ukrainienne des hydrocarbures Naftogaz avait déjà prévenu la semaine dernière qu’elle n’arrivait à payer Gazprom à cause de la hausse « catastrophique » des impayés de ses clients nationaux. Le litige commercial est donc bien réel et ce n’est pas surprenant dans la mesure où l’Ukraine est touchée de plein fouet par la crise économique. Et Gazprom elle-même, qui a longtemps été la « pompe à phynance » au profit de l’Etat russe, est désormais près de ses sous.
Mais nul doute, et la formulation « nous allons devoir couper le gaz » le montre bien, la Russie essaye de faire porter la responsabilité des coupures éventuelles de gaz en Europe sur l’Ukraine. L’Ukraine qui se débat dans les problèmes politiques récurrents Iouchtchenko / Timochenko, l’Ukraine accusée de vouloir se rapprocher de l’UE et de l’OTAN, l’Ukraine où la Russie agite régulièrement le « problème » de Sevastopol (Севастополь, que vous appelez en France Sébastopol), l’Ukraine donc que la Russie essaye de discréditer aux yeux de l’Europe.
Connaissez-vous le slogan de Gazprom ? « Мечты сбываются! » (Les rêves deviennent réalité ) . Pour l’Ukraine et une partie de l’Europe, le rêve risque de se transformer en cauchemar!
Ci-dessous, la carte des gazoducs alimentant l’Europe. A noter que la Lituanie est ravitaillée à travers le Belarus, ce qui ne pose pour l’instant pas de problème. Pour l’instant …….
18:06 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : gaz, gazprom, russie, ukraine
18 janvier 2009
Crise gazière: déjà des enseignements (2) ?
Sur la foi d’une dépêche de cette nuit (17 / 18 Janvier), citant une déclaration de Vladimir Poutine à l’issue de pourparlers avec son homologue ukrainienne, Ioulia Timochenko, à Moscou, « le transport du gaz russe vers l’Europe via l’Ukraine devrait reprendre sous peu ». Les conséquences pratiques de l’actuelle crise gazière entre la Russie et l’Ukraine, exposées dans un post précédent, devraient toutefois déjà inciter certains à tirer des enseignements.
D’une façon surprenante, l’agence russe RIA-Novosti titre le 15 Janvier « La crise gazière porte un rude coup à l’image de la Russie dans la CEI ». Il faut dire qu’elle reprend un article de la Nezavissimaïa Gazeta qui publie un sondage, effectué en Ukraine, en Biélorussie et en Moldavie, indiquant que les habitants de ces pays ont perdu confiance dans la Russie.
# En Ukraine, la cote de popularité de Poutine, qui était jadis immense (70 %), est en train de s’effondrer, du fait de ses déclarations agressives lors du conflit et de son association étroite avec Gazprom, qui crée tant de difficultés à l’Ukraine.
# En Biélorussie, les habitants font preuve d’une certaine préoccupation envers la « pression gazière russe », craignant d’être les prochaines victimes. Au début du conflit, les medias locaux, dont on connait la faible marge de manœuvre, donnaient un droit égal de s’exprimer aux Ukrainiens et aux Russes, mais, ces derniers jours, les télévisions critiquaient ouvertement la Russie.
# En Moldavie (à l’exception notable de la Transnistrie russophone), on espère profiter de cette crise pour obtenir des garanties afin de se rapprocher et si possible d’adhérer à l’Union Européenne.
Une des grandes perdantes de ce conflit semble être l’Union Européenne. Le journal suisse Le Temps parle d’ « affront gazier fait à l’Europe ». Les Premiers ministres bulgare, slovène et moldave étaient mercredi dernier 14 Janvier à Kiev et à Moscou pour des discussions bilatérales, montrant par là la désunion de l’UE et son incapacité à négocier d’une seule voix. Car, pendant ce temps-là, le Président en exercice de l’UE, le Tchèque Mirek Topolanek (qui avait annoncé le 7 Janvier que la crise lui semblait réglée……) et le Président de la Commission, José Manuel Barroso, avaient du mal à cacher leur désarroi à Strasbourg. José Emmanuel Barroso a menacé de porter l’affaire sur le terrain judiciaire, en incitant les compagnies européennes lésées à porter plainte. Mais une guerre juridique risquerait de conduire les autorités russes à prendre des mesures de rétorsion contre, par exemple, les compagnies pétrolières (BP, Total, Statoil) engagées en Sibérie.
L’affront se double d’un camouflet infligé aux observateurs de l’UE, déployés le week-end dernier dans les stations de mesure, mais qui ont annoncé ne pas être en mesure de remplir leur mission.
Il est difficile de savoir qui, de la Russie ou de l’Ukraine, à fermé les vannes du gaz. Les deux pays se sont livré à une guerre de propagande mais, dans ce domaine, la Russie a une bonne longueur d’avance. La solution serait de contourner, au besoin les deux pays. Au sein de l’Europe, le débat entre ceux qui défendent les projets germano - russe Nordstream (sous la Baltique) et italo - russe Southstream, et ceux qui préconisent une plus grande diversification de l’approvisionnement en énergie (projet Nabucco pour acheminer le gaz d’Asie centrale via la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche) risque donc d’être relancé. Ce dernier projet pâtit toutefois de l’absence d’unité (une fois de plus ….) de l’Union Européenne, de l’incertitude quant aux réserves gazières d’Asie centrale et de l’attitude de l’Iran dans son choix entre Nabucco et Southstream.
L’Union européenne tente de jouer la carte d’un grand marché concurrentiel incluant la Russie. Elle appelle donc régulièrement le président russe, Vladimir Poutine, à ratifier la Charte de l’énergie qui contraindrait la Russie à libéraliser son marché gazier. A ce jour, cette démarche est restée vaine.
Mais aussi, peut-être que cette crise, qui touche surtout l’Europe du sud-est, entrainera de la part de l’UE le développement prioritaire d’interconnexions énergétiques entre l’ouest et l’est de l’Europe et la constitution de stocks stratégiques. Sans oublier le renouvellement du parc de centrales nucléaires (sur 219 réacteurs en activité, 120 vont devoir être fermes d’ici 2030 !), voire son extension.
Côté russe, 70 % du PIB dépend de la production de matières premières et le taux de change du rouble est très étroitement lié au cours des hydrocarbures. On le voit bien actuellement avec un rouble qui est à un taux historiquement bas, du fait de la baisse du prix du pétrole, et qui a connu le 12 Janvier sa quatorzième dévaluation en … deux mois. Raison de plus pour que M. Poutine veuille contrôler production, acheminement et distribution de bout en bout. Il y est arrivé en Biélorussie, en mettant la main sur 50 % du réseau biélorusse de gazoducs, Beltransgaz, en faisant du chantage sur le prix de vente du gaz. N’y arrivant pas avec l’Ukraine, il essaye de démontrer que ce pays de transit n’est pas fiable et qu’il vaut mieux contourner en utilisant North Stream et South Stream. En outre, quand on voit le rôle de plaque tournante que constitue la Géorgie dans les réseaux de distribution du gaz et du pétrole, on peut se dire que l’offensive russe d’Aout 2008 pourrait avoir eu des arrière-pensées énergétiques ……
L’Europe tombera-t-elle dans le piège de se livrer pieds et poings liés à la Russie ?
09:45 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : russie, gaz, ukraine, ue
16 janvier 2009
Crise gazière: déjà des enseignements (1) ?
Alors que la crise gazière entre la Russie et l’Ukraine gèle une partie de l’Europe du sud-est depuis le 7 Janvier, certains se hasardent déjà, au delà des conséquences pratiques, à en tirer des enseignements sur la crédibilité des uns ou des autres. Dans l’attente des résultats d’un sommet Russie-Ukraine ce samedi à Moscou, voici un point, en deux parties, des uns (les conséquences pratiques) et des autres (les enseignements).
Tout d’abord, sur un plan des conséquences pratiques :
# La Bosnie-Herzégovine, totalement dépendante du gaz russe et sans réserves, peut tenir jusqu'à aujourd’hui ou demain grâce aux livraisons allemandes. Mais un tiers des foyers sont privés de chauffage depuis le début de la crise. (Tiens, j’ai eu une bonne idée de quitter Sarajevo en 2005 …)
# En Bulgarie, dépendante du gaz russe à 92 %, plusieurs milliers de foyers n’ont ni chauffage ni eau chaude, des dizaines d’écoles sont fermées et 220 usines tournent au ralenti ou sont à l’arrêt. Le pays pourrait assurer 25 à 30 % de ses besoins pendant 110 jours grâce à ses réserves.
# La Croatie, qui importe 40 % de son gaz de Russie, a imposé des restrictions à ses plus gros consommateurs industriels et estime avoir des réserves pour 2 semaines.
# La Grèce se dit sortie d’affaire jusqu'à la fin du mois grâce à des livraisons de gaz naturel liquéfié par voie maritime.
# En Moldavie, les stocks de gaz sont épuisés depuis samedi dernier et, dans la région de Chisinau (la capitale), la température des chauffages collectifs a été réduite et l’approvisionnement en eau chaude coupé. L’Autriche a offert des générateurs électriques et des chauffages de grande capacité.
# En Roumanie, qui disposait initialement de 60 à 80 jours de réserves, plusieurs centrales au gaz sont passées au mazout.
# En Serbie également, certaines unités de chauffage urbain sont passées au fioul. Le pays bénéficie en outre de livraisons de secours allemandes et hongroises, assurées jusqu’au 20 Janvier.
# La Slovaquie n’a plus que 10 jours de réserves de gaz, bien que la République Tchèque voisine lui livre quotidiennement 15 % de sa consommation. La Hongrie a également proposé une aide en gaz et électricité. Enfin, le gouvernement réfléchit toujours à relancer la centrale nucléaire de Bohunice, ce qui contreviendrait au traité d’adhésion à l’UE (c’est un sujet que l’on suit attentivement en Lituanie).
# La Slovénie, dont le ravitaillement en gaz est assuré à 60 % par la Russie et à 40 % par l’Algérie, la consommation est couverte par les réserves et grâce à un appoint depuis l’Autriche.
# Enfin, le dernier perdant est la Russie, ou plutôt Gazprom (ce qui revient à peu près au même……), qui, d’après les dires mêmes du Président russe, Dmitri Medvedev (et non pas, dans un lapsus significatif, Vladimir Poutine, comme l’a écrit Le Figaro ce matin), a déjà perdu 1,1 milliards de dollars depuis le début de la crise.
On soulignera que, si un accord intervenait ce samedi, il faudrait encore 24 à 72 heures (selon les pays) de livraisons ininterrompues pour que le gaz russe arrive à ses clients. On notera enfin que les Etats Baltes, et notamment la Lituanie, dépendante à 100 % du gaz russe, sont ravitaillés par les gazoducs qui traversent le Belarus. Ce qui n’est pas une garantie de fiabilité…….
A suivre ……
10:27 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gaz, russie, ukraine, europe
07 janvier 2009
Gazprom relance la guerre du gaz
Ce mercredi matin, GDF Suez a annoncé que les livraisons de gaz en provenance de Russie avaient baissé mardi de 70 %. La France a donc rejoint la cohorte des pays européen qui ne reçoivent plus (ou peu) de gaz russe.
La Russie a accusé l’Ukraine de voler du gaz puis d’avoir fermé 3 de ses 4 gazoducs destinés à l’exportation, ajoutant « L’Ukraine est totalement responsable de ce qui arrive » (site Gazprom). Mais la situation est-elle si manichéenne ?
Il y a deux approches différentes possibles de ce conflit. Soit on considère que le conflit est bilatéral Russie – Ukraine et uniquement économique. Dans toute discussion économique, le vendeur veut obtenir le prix le plus élevé possible et avoir des garanties d’être payé à la date prévue. L’acheteur, lui, fait tout pour réduire le prix et pour obtenir des délais de paiement en cas de besoin. En cas de désaccord, il y a des tribunaux pour régler le différend. Fermer les vannes du gaz en pleine vague de froid est une méthode de gangster. (NB : l’Ukraine payait les 1 000 m2 de gaz 179 US$ en 2008. La Russie demandait 250 US$ pour 2009 alors que l’Ukraine se disait prête à accepter 235 US$. Puis la Russie a menacé de facturer les 1 000 m2 418 US$, prix moyen payé par les Européens, voire 450 US$).
L’autre approche, privilégiée par la plupart des analystes, est de dire qu’il s’agit d’abord d’un conflit politique. C’est peu de dire que la « révolution orange » n’a pas été du goût de Moscou et qu’elle a même fait souffler un vent de panique dans la galaxie poutinienne, qui craignait la contagion. Il semblerait donc que la Russie, une fois de plus, n’hésite pas à utiliser l’arme énergétique afin de dissuader l’Ukraine de s’approcher de trop près de l’Occident. Un haut responsable du Conseil de la fédération (chambre haute du Parlement russe), Vadim Goustov, vient d’ailleurs de déclarer ouvertement que, pour négocier le prix du gaz pour 2009, l’Ukraine devait dire clairement si elle ambitionnait de devenir membre de l’OTAN ou si elle préférait rester un partenaire de la Russie. On ne peut pas être plus clair !
L’Union Européenne, par sa présidence tchèque, a décidé de considérer que ce conflit est uniquement bilatéral et économique et ne veut pas s’impliquer. Pourtant, 80 % du gaz russe destiné à l’UE transite par l’Ukraine. Mais la dépendance n’est pas uniforme ; la Bulgarie, la Finlande, la Slovaquie et les Etats Baltes sont dépendants à 100 %, la République Tchèque à 80 %, la Grèce à 75 %. Par contre l’Allemagne ne dépend qu’à 42 % du gaz russe, l’Italie à 28 %, la France à 24 % et la Grande-Bretagne à 16 %. Aussi, l’UE a apparemment de choisi de ne chercher qu’à apaiser les tensions.
A notera que j’ai parlé, à dessein, soit de la Russie soit de Gazprom. C’est en effet un euphémisme de dire que Gazprom est une arme stratégique au service de l’Etat russe. Il faut dire qu’il y a entre la plus grosse entreprise de Russie et l’Etat des liens qui confinent à la consanguinité. L’année 2008 a d’ailleurs vu un jeu de chaises musicales assez symptomatique. Avant les élections présidentielles du 2 Mars, Dmitri Medvedev était premier vice-Premier ministre et Président du conseil d’administration de Gazprom. Devenant Président de la Fédération de Russie, il a laissé ces deux jobs à Viktor Zubkov, ancien Premier ministre. Lequel job de Premier ministre a été repris par Vladimir Poutine, ancien Président de la Fédération de Russie. La boucle est bouclée, surtout si on ajoute qu’Alexey Miller, Président du Comité de Management de Gazprom (c’est lui qu’on voit le plus souvent à la télévision) est l’ancien adjoint de Poutine à la Mairie de Saint Pétersbourg……
Comment cela finira-t-il ? Peut-être, pour en avoir une idée, faut-il regarder la crise de Janvier 2006 qui a eu les mêmes causes et les mêmes effets. Mais le contexte n’est plus le même. La Russie est aujourd’hui en récession ; Gazprom a accumulé en 2008 35,4 milliards d’Euros de dettes et son action en bourse a chuté de 76 %. Les trois principaux gisements gaziers commencent à s’épuiser. De son côté l’Ukraine, forte de l’expérience de 2006, s’est dotée de capacités de stockage qui lui permettraient de pourvoir à ses besoins jusqu’à la mi-Mars. Mais surtout, après le conflit géorgien d’Août 2008, il va peut-être (enfin) se remarquer que la Russie fait de l’entrisme chez ses voisins……
12:20 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : russie, ukraine, gaz, gazprom
























