26 février 2010
Mazeikių Nafta, PKN Orlen, et après ?
Le microcosme lituanien bruisse actuellement de rumeurs sur la possible vente de l’unique raffinerie des Etats Baltes, sise à Mažeikiai, à la Russie. Pour essayer de comprendre ce qu’il se passe, il convient de remonter en arrière dans le temps.
Le système « Mažeikių Nafta » comprend, outre la raffinerie en elle-même, le terminal maritime de Būtingė (au nord de Palanga), deux stations de pompage près de Biržai et Joniškis, et 500 km de pipelines pour relier le tout. Le pétrole brut, en provenance principalement de Russie, était acheminé par le pipeline Druzhba (нефтепровод «Дружба» = amitié), propriété d’une filiale du russe Transneft.
La Compagnie fut privatisée en 1999 par le gouvernement lituanien et fut alors achetée par Williams, un groupe basé aux Etats-Unis. Williams ayant quelques soucis financiers, sa participation fut rachetée par le russe Yukos. Lequel Yukos, mais surtout son directeur Mikhail Khodorkovsky, étant dans le collimateur du Kremlin à partir de 2003, dut vendre ses actifs pour faire face à des milliards de dollars de taxes.
Plusieurs acheteurs potentiels de Russie, du Kazakhstan et de Pologne montrèrent leur intérêt à l’achat de la raffinerie de Mažeikiai. Ce fut la compagnie polonaise Polski Koncern Naftowy ORLEN S.A. qui fut choisie, en tant que mieux-disant, en Juin 2006, et qui créa ORLEN Lietuva . Les Lituaniens n’avaient, en outre, certes pas envie que leur raffinerie tombe aux mains des Russes. Par une malheureuse coïncidence, le pipeline Druzhba s’est mis à fuir en territoire russe, juste avant l’entrée au Belarus (voir carte), en Juillet 2006. Après plusieurs mois d’atermoiements, il fut déclaré irréparable. Le pétrole brut doit donc être désormais acheminé par voie maritime, via le terminal de Būtingė, ce qui est évidemment plus onéreux.
Autre malheur, le 12 Octobre 2006. Un gros incendie se déclare dans la raffinerie, suite à une fuite, et fait 38 millions d’Euros de dégâts, sans parler de 30 millions de manque à gagner. Les causes réelles de la fuite n’ont jamais été connues, et certains ont mis en doute que cet incendie ait été accidentel. Ce sentiment a été renforcé par une déclaration d’un vice-président de la Douma russe, Konstantin Kosachov, qui, quelques heures après le début de l’incendie, disait : « La raffinerie sera en proie aux difficultés jusqu'à ce que les Lituaniens comprennent quel partenaire ils devraient choisir ». PKN Orlen finalisa malgré tout son achat le 15 Décembre 2006.
En ce début 2010, faisant face à des problèmes logistiques, PKN Orlen a émis le souhait d’acheter le terminal de Būtingė. Mais le gouvernement lituanien, qui le considère comme stratégique, a refusé de le vendre. Cherchant « des solutions pour améliorer l'efficacité de fonctionnement du groupe en raison des problèmes de logistique, toujours non résolus », PKN Orlen cherche désormais un partenaire stratégique qui pourrait acheter jusqu'à 25 % de ses parts dans la raffinerie, « sans exclure une coopération avec les groupes russes » (on pensait alors à Rosneft). Evidemment, dans les allées du pouvoir lituanien, on s’agite !
Aux dernières nouvelles (25 Février 2010), PKN Orlen pourrait faire un échange avec les 21,2 % des actions de la raffinerie hongroise MOL, détenues par le russe Surgutneftegaz (dont le Président, Vladimir Bogdanov est réputé très proche de Vladimir Poutine) qui veut se retirer du marché hongrois.
Encore donc une affaire à suivre ……
10:24 Publié dans Lituanie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : petrole, mazeikiai, mazeikiu nafta, pkn orlen, druzhba, lituanie, pologne, russie
22 janvier 2010
La bourde du jour va en Suisse
Toujours vigilant, je suis allé aujourd’hui vous chercher la bourde du jour en Suisse:
http://www.lematin.ch/flash-info/monde/disparition-grand-...
Relatant le décès en Israël du poète yiddish Avraham Sutzkever (ci-dessous), « Le Matin » précise qu’il est d’origine polonaise. Or :
# Il est né en 1913 dans un village près de Vilnius, à l’époque où c’était …… l’Empire russe.
# Il est un des rares survivants du ghetto de Vilnius en 1941 et se refugiera dans la forêt lituanienne (cité par « Le Matin »)
# Après la guerre, il sera actif dans la reconstruction de la société juive en Lituanie …… soviétique, avant d’émigrer en Israël en 1947.
# Cerise sur le gâteau : Marc Chagall (ci-dessous) est qualifié de « peintre français d’origine polonaise » ! Chagall est né en 1887 près de Vitebsk, Biélorussie, alors Empire russe, ancien Grand-duché de Lituanie. Il fait des études à Saint-Pétersbourg puis à Paris, revient à Vitebsk en 1914, où il est nommé directeur de l'Académie des Beaux-arts, puis Moscou, Berlin, Paris, les Etats-Unis, puis de nouveau la France, à Saint-Paul de Vence, où il meurt en 1985. De Pologne, point !
Certains, je n’en doute pas, qualifieront ces remarques de nationalisme étroit, pas dans l’air du temps multi culturaliste. Outre que j’assume, je ferai remarquer que, tant qu’à donner des leçons d’histoire à ses lecteurs, autant qu’elles soient justes !
16:22 Publié dans La bourde d'or | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sutzkever, chagall, pologne, lituanie, bielorussie, suisse
Bruit de bottes près de Kaliningrad : hoax* ? Intox ?
*- canular
Lorsqu’on lit le titre de l’article du 20 Janvier 2010 de l’agence RIA-Novosti, « Pologne : des missiles US à 100 km de la frontière russe », quelqu’un de moyennement informé se dira « Mais ils sont fous ces méchants Américains de menacer de bombarder la gentille Russie ! ».
En fait, quand on lit l’article (http://fr.rian.ru/world/20100120/185889441.html), ainsi que d’autres qui sont consacrés au sujet, la réalité est toute autre. Analyse d’un non-évènement.
Peu après son accession à la Présidence, début 2009, le Président Barak Obama avait annoncé qu’il renonçait au projet de l'ancienne administration Bush de déployer des bases de missiles intercepteurs fixes (dit ABM) en Pologne et un radar en République tchèque. A titre de compensation, la Pologne avait obtenu le 11 Décembre 2009 qu’une batterie de Patriot (ci-dessous) soit envoyée d’Allemagne en Pologne plusieurs fois par an jusqu’en 2012, en attendant le déploiement du nouveau missile intercepteur SM-3 block 2B mobile, capable d'abattre des missiles balistiques intercontinentaux.
C’est cette batterie de Patriot que la Pologne stationnera (sans doute à partir d’Avril 2010) près de Morag (voïvodie de Varmie-Mazurie - Województwo warmińsko-mazurskie), à une centaine de kilomètres de la frontière avec l’oblast de Kaliningrad (voir carte en bas). Quant au Patriot MIM-104, il est bien connu de ceux qui ont suivi la première guerre du Golfe (au moins à la télévision) ; c’est un système de missile sol-air de moyenne portée, le seul à fournir une protection antimissile tactique en opération. Mais sa portée est de … 60 km.
En clair, c’est un missile exclusivement défensif, qui ne peut pas, en tout état de cause, atteindre la Russie. De plus, son installation en Pologne n’est pas un fait nouveau en cette fin Janvier 2010.
Néanmoins, un responsable de la Marine russe a déjà déclaré : «En rapport avec le projet d’installation de Patriot en territoire polonais {…}, il pourrait y avoir des changements significatifs dans les missions et le potentiel militaire de la flotte de la Baltique », ajoutant : «Les unités de surface, les unités sous-marines et l’aviation de la flotte de la Baltique seront renforcées ».
A qui donc profite ce gros mensonge ? D’abord à la marine russe en général et à la flotte de la Baltique (stationnée en partie à Kaliningrad, en partie à Kronstadt, près de Saint-Pétersbourg), pour essayer de se renforcer quantitativement et qualitativement (jeu au sein duquel le « Mistral » a d’ailleurs peut-être été un instrument)? A l’administration russe, toujours à l’affut d’un argument pour montrer au « bon peuple » qu’il est en permanence menacé, notamment par l’OTAN et les « révolutions de couleur » ? Ou est-ce simplement un épiphénomène de la guerre entre les siloviki (structures de force) et les pseudos libéraux en cours au Kremlin ?
Comme l’ont fait les Polonais, il est donc apparemment urgent … de ne pas entrer dans ce jeu !
Ci-dessous, le destroyer « Nastoychivyy » de la flotte de la Baltique.
06:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : russie, pologne, kaliningrad, patriot












