28 décembre 2008
Où l’on reparle de la Géorgie
Pour l’opinion publique occidentale, notamment française, et en particuliers les médias, le conflit entre la Géorgie et la Russie d’Août 2008 est une affaire réglée. Le « gentil » Poutine a renvoyé le « méchant » Saakashvili dans ses buts et l’affaire est close. Si vous suivez régulièrement ce Blog, vous savez que ce n’est pas si simpliste, et qu’il n’en est rien !
Le dernier avatar de ce conflit date du 22 Décembre 2008. Ce jour-là, à Vienne (Autriche), la Russie a empêché le renouvellement de la mission de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) en Géorgie au-delà du 31 Décembre 2008, mission qui y était établie depuis 1992. L’impuissance de l’OSCE tient à son mode décisionnel, dans lequel un seul des 56 Etats membres peut bloquer tout le système. Ayant été personnellement 22 mois membre de la mission OSCE en Bosnie-Herzégovine, je peux témoigner que la Russie, déjà, bloquait le budget de la mission toutes les fins d’années pour faire passer ses vues! Cette fois, elle conditionne la prolongation de la mission géorgienne à la reconnaissance de facto de la souveraineté de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.
On notera par ailleurs que Moscou semble vouloir utiliser le même procédé à l’ONU. En effet, le mandat de la mission d’observation de l’ONU en Géorgie expire le 15 Février 2009, et la Russie demande que soit établie une mission indépendante en Abkhazie, sans lien de subordination avec la mission en Géorgie.
L’ambassadeur américaine auprès de l’OSCE s’est dite surprise par cette décision. Mais les Occidentaux ont été tout autant surpris par l’attaque russe d’Août en Géorgie et par la reconnaissance par la Russie de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, en violation de la Charte des Nations Unies. En outre, la Russie ne respecte toujours pas l’accord de cessez-le-feu Sarkozy – Medvedev, refusant toujours, non seulement aux observateurs de l’UE, mais aussi aux Ambassadeurs, le droit de se rendre dans les régions séparatistes.
Il est vrai qu’en Novembre l’UE a décidé de reprendre le business as usual avec la Russie, malgré l’opposition de la Lituanie, et l’OTAN elle-même a repris les contacts à haut niveau la semaine dernière. La Russie aurait donc tort de se gêner. Il semblerait que seuls les Etats d’Europe centrale et orientale, dépositaires d’une expérience historique amère, pensent que l’on ne soit pas au bout de nos surprises avec MM Medvedev et Poutine.
Au passage, on apprend de source russe que le conflit d’Août aurait fait 162victimes chez les civils sud ossètes et 48 chez les soldats russes ; on est loin des 2 000 morts annoncés à l’issue du conflit par les Ossètes et toujours repris par l’agence de presse russe RIA-Novosti.
Peut-être, à l’occasion de sa mort le 24 Décembre 2008, ne serait-il pas inutile de relire (ou lire…) le « Choc des civilisations » (écrit en 1996) du politologue Samuel Huntington (photo ci-dessous) où l’on peut lire notamment que « La politique mondiale entre dans une nouvelle phase dans laquelle la source fondamentale de conflit ne sera plus idéologique, ni économique. Les heurts entre civilisation seront dominants {…} Alors que la division idéologique en Europe a disparu, la division culturelle de l'Europe entre la Chrétienté occidentale et la Chrétienté orthodoxe et l'Islam refait surface. Les conflits le long de la ligne de fracture entre l'Occident et les civilisations islamiques se perpétuent depuis 1300 ans. Cette interaction militaire vieille de plusieurs siècles n'est pas prête de décliner». Même si ces idées sont couvertes d’opprobre par le courant mou du politiquement correct, on ne peut que reconnaître qu’elles sont aujourd’hui d’une particulière acuité.
11:23 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : georgie, russie, huntington, osce








