28 octobre 2009
Nouvelle doctrine militaire russe: l’arbre nucléaire qui cache la forêt
La nouvelle doctrine militaire russe devrait être soumise au Président Medvedev d’ici la fin 2009 et ainsi entrer en vigueur en 2010. C’est la troisième variante de la Russie contemporaine, la doctrine 2000 étant encore actuellement en vigueur.
Les grandes lignes en sont déjà connues. Il a été largement glosé sur le fait que, dans cette nouvelle doctrine, l’utilisation d’une frappe nucléaire préventive ait été admise, afin de repousser une « agression » avec des moyens conventionnels, y compris donc dans des guerres locales. Mais, en fait, la Russie ne rejoint que les doctrines d’autres membres du club nucléaire, à commencer par les Etats-Unis. Toutefois, c’est surtout ce changement, par rapport au renoncement à l’engagement antérieur de « ne pas employer les armes nucléaires en premier », qui a été commenté.
Or, la nouvelle doctrine met également sur le papier d’autres nouvelles thèses.
Ainsi, un point prévoit le recours à la force pour défendre la vie et les intérêts des citoyens russes à l’étranger, si une menace pèse sur eux. On sait que cet argument a été utilisé en Aout 2008 pour justifier l’intervention des troupes russes en Géorgie, après que des passeports russes aient été largement distribués en Abkhazie et en Ossétie du sud. La Russie se réserve donc le droit (mais ça avait déjà été exprimé oralement par Medvedev lui-même) d’intervenir sur le territoire d’Etats souverains. Reste à savoir ce qu’il faut entendre par menace des intérêts des citoyens russes, l’appréciation de la dite menace risquant d’être subjective.
L’agence de presse RIA-Novosti cite un de ses analystes (27 Octobre) pour qui « une menace critique pour la sécurité nationale de la Russie peut se créer, par exemple, par une tentative d’un des Etats les plus développés, voisins de la Russie, ne faisant pas partie d’une alliance de type de l’OTAN, de régler les différends territoriaux par des moyens militaires ». Cet analyste exclut les Etats baltes d’une telle menace régionale, dans la mesure où ils font partie de l’OTAN.
Je ne doute pas que, dans les Etat-majors, on soit déjà penché sur les cartes. Deux indices :
# La localisation des systèmes « Iskander-M » (SS-26 Stone – ci-dessous)
# Les lieux de distribution massive de passeports russes
16:26 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : russie, doctrine militaire, nucleaire, passeports, iskander
24 septembre 2009
A propos de Kaliningrad
Deux incidents récents me permettent de rappeler que l’oblast de Kaliningrad est un territoire de la Fédération de Russie, entouré, depuis le 1er Mai 2004, d’Etats membres de l’Union Européenne (Pologne et Lituanie)
Le lundi 21 septembre, vers 5H du matin, le feu (photo ci-dessous) a pris dans le train Moscou - Kaliningrad, alors que celui-ci traversait le territoire de la Lituanie. Le feu, probablement provoqué par un court-circuit, a été circonscrit par les passagers et le staff, mais le train est arrivé à destination avec deux heures et demie de retard.
Par ailleurs, la Russie prévoit de construire une centrale nucléaire de 1 200 MWatts près de Sovetsk (Tilsit), à 20 km de la frontière lituanienne, à l’horizon 2016. Cette centrale servirait à alimenter en électricité non seulement l’exclave mais également les Etats environnants, l’ouverture des centrales d’Ignalina II et de Pologne étant désormais prévue pour 2020.
Or, un sondage effectué récemment par le quotidien « Kaliningrad Express », montre que 43 % des résidents de l’oblast de Kaliningrad sont opposés à cette centrale nucléaire, 26 % y sont favorables mais sont soucieux de la sécurité, et seulement 19 % la soutiennent sans restriction.
La région de Kaliningrad, dont la capitale est l’ancienne ville allemande de Königsberg, et qui rassemble un peu moins d’un million d’habitants, couvre, sur 15 100 km², l’ancienne partie septentrionale de la Prusse orientale, sous souveraineté allemande jusqu’en 1945. La région a été annexée à l’Union soviétique suite aux accords de Yalta (février 1945) et de Potsdam (juillet-août 1945). Etant aujourd’hui « exclavée », un accord a été conclu le 27 Avril 2004 entre la Russie et l'Union Européenne, exemptant de taxes douanières les transits traversant le territoire lituanien et substituant aux visas des « documents de transit facilités» (peu onéreux, voire gratuits). Les formalités sont simplifiées, puisque l’obtention des documents de transit se fait lors de l’achat du billet de train.
L’exclave sert toutefois souvent de « levier » pour Moscou dans ses relations internationales. Ainsi, quand les Etats-Unis annoncent en janvier 2007 le déploiement d’installations du bouclier antimissiles en Europe, la Russie riposte en annonçant l’installation de missiles de courte portée Iskander à Kaliningrad. De plus, Vladimir Poutine considère Kaliningrad comme un objet stratégique important (notamment dans le cadre de la surveillance du fur gazoduc Northstream) et a ainsi fait interdire le petit parti politique qui militait pour une plus grande autonomie de l’exclave.
(ci-dessous, le tombeau d'Emmanuel Kant, adossé à la cathédrale. Le philosophe est né et mort à Königsberg).
15:07 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kaliningrad, konigsberg, nucleaire, exclave
04 septembre 2009
Alors, elle vient cette centrale ?! (bis)
Le 25 Aout, je rapportais une déclaration du premier Ministre lituanien, Andrius Kublilius, qui avait concédé que la future centrale nucléaire Ignalina II ne serait opérationnelle qu’à partir de 2018 – 2019, et non plus 2015 comme encore annoncé officiellement il y a encore peu.
De leur côté les concurrents, ou plutôt la Russie, ne reste pas inactive.
On sait en effet que la Russie projette de construire une centrale dans l’oblast de Kaliningrad, à Neman (une dizaine de kilomètres à l’est de Sovetsk, sur le Niémen, qui fait à cet endroit office de frontière avec la Lituanie). Cette centrale, construite par Rosatom, d’une puissance de 2 300 mégawatts, sera censée être opérationnelle en 2015. 1/3 de la production serait destinée à la consommation locale, le reste étant proposée à l’exportation. La Russie a donc proposé à l’Allemagne, à la Pologne (!) et à la Lituanie (!!) de participer au projet jusqu'à hauteur de 49 %.
De « l’autre côté », lors de leur récente rencontre à Sotchi, les Présidents russe (Dmitri Medvedev) et bélarusse (Alexandre Loukachenko) ont fait état de progrès dans le projet de construction par …… Rosatom de la première centrale nucléaire bélarusse. Celle-ci devrait être implantée à Ostroviets (Astraviec / Astravas), à … 17 km de la frontière lituanienne, donc à environ 40 km de Vilnius ! La puissance prévue sera de 2 400 mégawatts, le premier réacteur devant entrer en service en 2016 et le second en 2018.
Si l’on ajoute que la Pologne prévoit de construire sa propre centrale à l’horizon 2020 (il est vrai qu’il faut remplacer ses 94 % d’électricité produite dans les centrales à charbon), la future centrale d’Ignalina (si elle voit le jour) risque d’avoir une production surcapacitaire.
11:33 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nucleaire, ignalina, lituanie, russie, belarus
25 août 2009
Alors, elle vient cette centrale ?!
S’étant réunis à l’occasion des commémorations de la Voie Balte, les trois Premiers Ministres baltes, Andrus Ansip (Estonie), Valdis Dombrovskis (Lettonie) et Andrius Kubilius (Lituanie) ont réaffirmé leur unité pour continuer à préserver la mémoire historique.
Ils ont profité de leur réunion à Nida pour confirmer leur attachement à la construction d’une nouvelle centrale nucléaire à Ignalina. Mais là, il y a eu quelques bémols à l’unanimité. Tout en réaffirmant que l’Estonie voulait participer au projet, Andrus Ansip a souligné qu’il avait parfois l’impression qu’{ils} perdaient leur temps et qu’il y avait tellement urgence que ce n’était pas le moment de tergiverser! Valdis Dombrovskis a, quant à lui, déclaré que la Lettonie n’avait pas l’intention d’abandonner le projet, ce qui est une nuance dans l’enthousiasme ……
Andrius Kublilius a essayé de calmer ses collègues en certifiant que le business plan, étudié par la société « N M Rothschild & Sons », serait prêt en Décembre. Tiens, Décembre c’est là où Ignalina I doit fermer …… Il a dû toutefois concéder qu’Ignalina II ne serait opérationnelle qu’à partir de 2018 – 2019, et non plus 2015 comme encore annoncé officiellement il y a peu.
On rappellera que la Russie a annoncé qu’elle prévoyait de construire à l’horizon 2015 deux centrales nucléaires, une à Kaliningrad et une autre au Belarus, toutes les deux à quelques kilomètres de la frontière lituanienne.
09:10 Publié dans Lituanie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : lituanie, lettonie, estonie, ignalina, nucleaire
10 août 2009
Ignalina I, II ou pas du tout ?
Le deuxième réacteur de la centrale nucléaire d’Ignalina doit être arrêté, on le sait depuis 1999, d’ici le 31 Décembre 2009. C’est dans 4 mois et 21 jours. Une nouvelle centrale devrait être construite à sa place, en coopération avec la Pologne, la Lettonie et l’Estonie. A ce jour, les appels d’offre pour la construction de la nouvelle centrale ne sont toujours pas lancés.
Le Président lituanien, Dalia Grybauskaitė, a lancé la semaine dernière un pavé dans la mare en déclarant lors d’une conférence de presse : « …… nous devons revoir notre stratégie et réfléchir sur nos choix – le vent, la géothermie, la biomasse, la combustion de déchets ou le nucléaire ». Elle ne faisait là que reprendre les directives de l’Union Européenne, qu’elle connait bien. Elle ajoutait également que la Lituanie devait tenir compte des plans de ses voisins, le Belarus et la région russe de Kaliningrad.
Car, pendant ce temps-là, la Russie ne reste pas inactive. Elle s’est mise d’accord avec le Belarus pour construire, à l’horizon 2016 pour le premier réacteur, 2018 pour le second (donc avant une potentielle Ignalina II), une centrale qui sera implantée dans la région de Grodno (à 70 km de la Lituanie et 20 km de la Pologne !), centrale d’une capacité de 2,4 GW.
Le vice-ministre lituanien de l’énergie, Romas Švedas, s’est donc cru obligé de préciser que la Lituanie présenterait en Septembre à ses partenaires (Pologne, Lettonie, Estonie) les calculs concernant la puissance optimale et maximale de la centrale, les modèles de répartition des actions et les calculs concernant les prix. Et son ministre, Arvydas Sekmokas, d’ajouter que « l’existence même de la centrale ne devrait pas être remise en question ». Mais si le conditionnel est employé, c’est qu’un fort doute subsiste ……
15:30 Publié dans Lituanie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : lituanie, nucleaire, ignalina, belarus, russie
22 janvier 2009
Quelques informations en bref
Il y a parfois pléthore dans l’actualité et il n’est alors pas possible de tout traiter en détail. C’est le cas en ce moment. Voici donc quelques informations résumées brièvement.
Centrale nucléaire au Belarus. Vous le savez, la Lituanie doit fermer le deuxième réacteur de la centrale nucléaire d’Ignalina, celle-ci ayant été considérée comme dangereuse par la Commission européenne. L’appel d’offre pour la (potentielle) nouvelle centrale n’a pas encore été lancé.
Le Belarus et la Russie viennent de s’entendre pour signer au cours du premier trimestre 2009 un accord intergouvernemental pour la construction par Rosatom (Russie) d’une centrale nucléaire au Belarus, sans passer par les appels d’offres. Cette centrale aurait une capacité de 2 000 MW ; le premier réacteur pourrait être opérationnel en 2016, le second en 2018. Cette centrale serait implantée à Astravets (Островец), au nord d’Ašmena, soit à 11 km de la frontière lituanienne, donc à 40 km de Vilnius ……
Crise gazière. Je vous recommande la lecture d’un article de Marie Jego (spécialiste du monde russe et du Caucase) dans "Le Monde" d'aujourd'hui (Jeudi 22 Janvier) sur les séquelles de la guerre du gaz entre la Russie et l'Ukraine :
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/01/21/crise-d...
Elle y confirme:
# qu'il s'agit bien d'une guerre, même si elle est sans missiles ni blindés, et que cette guerre n'est pas terminée ;
# que l'un des objectifs de M. Poutine est bien le contrôle des moyens d'acheminement et de distribution du gaz, comme cela a déjà été réalisé au Belarus et en Arménie ;
# qu'un autre de ses objectifs, et sans doute pas le moindre, est d'empêcher la réélection du Président Iouchtchenko.
Présidence de l’UNESCO. Le Président de l’UNESCO devra être remplacé à l’automne 2009. La Lituanie fait de forcing pour faire élire Ina Marčiulionytė (photo ci-dessous), actuelle représentante de la Lituanie auprès de cette institution. Les trois Etats Baltes se sont mis d’accord a la fin de 2008 pour présenter cette candidature unitaire et Mme Marčiulionytė (que j’avais rencontrée à plusieurs reprises lors de son arrivée à Paris) a été présentée hier aux Ambassadeurs en poste à Vilnius. J’en reparlerai au moment de l’élection.
Prêt pour la Lettonie. Les ministres de l’Economie te des Finances de l’UE, réunis mardi 20 Janvier à Bruxelles ont approuvé l’octroi d’un prêt de 3,1 milliards d’Euros à la Lettonie. Ce prêt s’ajoute à celui de 1,7 milliards d’Euros attribué par le Fonds Monétaire International, un de 400 millions de la Banque Mondiale et à des prêts divers promis par la BERD, la Suède, le Danemark, la Finlande, la Norvège, la République Tchèque, la Pologne et l’Estonie. Le total des sommes prêtées serait de 7,5 milliards d’Euros. A Riga, on apprécie modérément le prêt de l’Estonie voisine, elle-même en sérieuse difficulté, et on y voit le signe d’une certaine condescendance ……
08:16 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nucleaire, unesco, lituanie, lettonie, belarus, gaz
15 janvier 2009
Le point sur Ignalina II
Dans le cadre des négociations d'adhésion, l'Union européenne avait demandé la fermeture de huit réacteurs nucléaires d'ici 2009 : Bohunice 1 et 2 (Slovaquie), Ignalina 1 et 2 (Lituanie) et Kozloduy 1 à 4 (Bulgarie). Le réacteur n°1 d’Ignalina, mis en service en 1983, fut fermé le 31 décembre 2004. Le réacteur n°2 est en activité depuis 1987 et devrait être fermé le 31 Décembre 2009. Après la catastrophe à la centrale nucléaire de Tchernobyl, les réacteurs d'Ignalina, de type RBMK-1500 (puissance électrique de 1500 mégawatts), ont été bridés à une puissance de 1360 MW.
La Lituanie a accepté de fermer cette centrale pour obtenir son ticket d'entrée dans l'Union européenne. Avant la fermeture du réacteur n°1, la centrale produisait 70 % de l'électricité lituanienne. L'Union européenne a, de son côté, accepté de payer les coûts de démantèlement et des compensations jusqu'en 2013.
La Lituanie, avec ses voisins baltes, la Lettonie et l'Estonie, ainsi qu'avec la Pologne veulent construire une nouvelle centrale nucléaire à l'horizon de 2015, toujours sur le site d’Ignalina. Le problème est que le projet a pris du retard et, aujourd’hui, à moins d’un an de la fermeture du deuxième réacteur, les experts estiment que la future nouvelle centrale ne pourra commencer à fonctionner que dans les années 2017-2020. Si les choses évoluent.
Car le projet en question n’est toujours pas bouclé, comme l’a mis en exergue la rencontre, hier mercredi 14 Janvier, du Premier ministre polonais, Donald Tusk, avec son homologue lituanien, Andrius Kubilius. Si la Pologne a bien confirmé son intérêt à participer au projet, c’est sous « certaines conditions ». « Il faut que la centrale ait une capacité de plus de 3.000 mégawatts, et que la Pologne en obtienne quelque 1.000 mégawatts », a déclaré M. Tusk lors d'une conférence de presse conjointe avec M. Kubilius. « Sinon, ce sera non », a-t-il ajouté.
C’est que le déclin de la production de gaz, la hausse de la demande et la crise récurrente qui oppose Kiev et Moscou ont redonné un coup de pouce à l’alternative nucléaire.
La Slovaquie, très affectée par le bras de fer russo-ukrainien, puisqu’elle dépend à 98% des hydrocarbures russes, s’est dite le 13 Janvier tentée de réactiver son réacteur arrêté fin 2008. Tous les travaux préparatoires de relance du réacteur sont déjà bouclés.
En Pologne, tributaire à 94 % des centrales à charbon pour sa production d’électricité, le chef du gouvernement, Donald Tusk, a annoncé la construction d’«une ou deux» centrales nucléaires d’ici à 2020 (donc a priori outre ou en marge d’Ignalina II). Varsovie aurait déjà entamé des discussions avec la France et la Corée du Sud «pour trouver des technologies les moins chères, les plus sûres et les plus avancées ».
En Estonie, le Conseil estonien de recherche et de développement, dirigé par le Premier ministre Andrus Ansip, a adressé une recommandation au gouvernement afin que celui-ci ajoute à la liste des priorités du programme énergétique national l’éventualité de doter le pays d’une centrale nucléaire. Cette centrale, dotée de réacteurs de puissance moyenne, serait vraisemblablement de type Iris, technologie américaine en cours d’élaboration, disponible sur le marché au plus tôt en 2018. Une date de mise en service antérieure à 2028 ne pourrait alors être sérieusement envisagée pour des raisons techniques.
On le voit, devant le sur-place du projet Ignalina II, d’autres projet partent dans tous les sens et pourraient mettre en péril le projet commun initial. Mais la question de base reste posée : « Sans électricité d'origine nucléaire et sans gaz russe, on se chauffe comment à partir du 1er Janvier 2010 ? »
07:49 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : lituanie, nucleaire, ignalina


















