11 août 2009
Medvedev montre ses muscles
Alors que son Premier Ministre, Vladimir Poutine, passé des vacances médiatisées (cf. ci-dessous), le Président russe Dmitri Medvedev s’essaie dans le rôle du méchant.
Tout d’abord, ce lundi 10 Aout, il a soumis à la Douma (chambre basse du Parlement russe) un projet de loi « appelé à créer un mécanisme juridique permettant au Chef suprême des armées à rapidement envoyer des unités militaires russes à l’étranger pour protéger les intérêts de la Russie et de ses citoyens ».
On n’a pas souvenir que l’absence d’une telle loi ait empêché la 58ème Armée Russe d’intervenir en territoire reconnu comme géorgien en matière de droit international, afin de protéger les Sud-Ossètes à qui on avait distribué généreusement des passeports russes. On surveillera donc avec intérêt l’attribution de la citoyenneté russe dans les Etats de l’ex-Empire.
Ce mardi 11 Aout, le même Président Medvedev (ci-dessous) a décidé d’ajourner l’envoi du nouvel ambassadeur de Russie en Ukraine, Mikhail Zourabov, « dans le contexte de la ligne antirusse menée par la direction ukrainienne ». Pour être clair, le Président russe a ajoute que les relations seraient gelées « jusqu'à la cérémonie d’investiture du nouveau Président ukrainien ». Les Russes reconnaissent eux-mêmes que c’est une mesure sans précédent, contraire à la pratique diplomatique.
Certains se réjouiront de voir la Russie retrouver sa puissance. D’autres trouveront que c’est jeter inutilement de l’huile sur le feu. Mais, pendant ce temps-là, le nouveau secrétaire général de l'Alliance Atlantique, Anders Fogh Rasmussen (ci-dessous), promettait au délégué permanent russe auprès de l'OTAN, Dmitri Rogozine, de "tourner la page sombre" dans les relations avec la Russie. Alors, pourquoi se gêner ?!
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02 février 2009
Faut-il craindre l’armée russe ?
Des généraux russes ont annoncé, sous couvert d’anonymat, la suspension du déploiement des missiles Iskander dans la région de Kaliningrad, à condition que les Etats-Unis renoncent à l’implantation d’éléments de l’ABM en Europe, indiquaient jeudi dernier les quotidiens Nezavissimaïa gazeta et Gazeta.ru.. Aussitôt les medias occidentaux n’ont pas tari d’éloges sur la volonté de paix des dirigeants russes. Pourtant, le président Dmitri Medvedev avait bien annoncé officiellement, le 5 Novembre dernier (moins de 24 heures après l’élection de Barak Obama), que des missiles Iskander-M pourraient être déployé à Kaliningrad en réponse à l’installation du système A.B.M. en Pologne et en République Tchèque.
Que signifie ce revirement possible ? Quel est le risque réel présenté par l’armée russe ? Voici mon analyse personnelle.
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28 décembre 2008
Où l’on reparle de la Géorgie
Pour l’opinion publique occidentale, notamment française, et en particuliers les médias, le conflit entre la Géorgie et la Russie d’Août 2008 est une affaire réglée. Le « gentil » Poutine a renvoyé le « méchant » Saakashvili dans ses buts et l’affaire est close. Si vous suivez régulièrement ce Blog, vous savez que ce n’est pas si simpliste, et qu’il n’en est rien !
Le dernier avatar de ce conflit date du 22 Décembre 2008. Ce jour-là, à Vienne (Autriche), la Russie a empêché le renouvellement de la mission de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) en Géorgie au-delà du 31 Décembre 2008, mission qui y était établie depuis 1992. L’impuissance de l’OSCE tient à son mode décisionnel, dans lequel un seul des 56 Etats membres peut bloquer tout le système. Ayant été personnellement 22 mois membre de la mission OSCE en Bosnie-Herzégovine, je peux témoigner que la Russie, déjà, bloquait le budget de la mission toutes les fins d’années pour faire passer ses vues! Cette fois, elle conditionne la prolongation de la mission géorgienne à la reconnaissance de facto de la souveraineté de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.
On notera par ailleurs que Moscou semble vouloir utiliser le même procédé à l’ONU. En effet, le mandat de la mission d’observation de l’ONU en Géorgie expire le 15 Février 2009, et la Russie demande que soit établie une mission indépendante en Abkhazie, sans lien de subordination avec la mission en Géorgie.
L’ambassadeur américaine auprès de l’OSCE s’est dite surprise par cette décision. Mais les Occidentaux ont été tout autant surpris par l’attaque russe d’Août en Géorgie et par la reconnaissance par la Russie de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, en violation de la Charte des Nations Unies. En outre, la Russie ne respecte toujours pas l’accord de cessez-le-feu Sarkozy – Medvedev, refusant toujours, non seulement aux observateurs de l’UE, mais aussi aux Ambassadeurs, le droit de se rendre dans les régions séparatistes.
Il est vrai qu’en Novembre l’UE a décidé de reprendre le business as usual avec la Russie, malgré l’opposition de la Lituanie, et l’OTAN elle-même a repris les contacts à haut niveau la semaine dernière. La Russie aurait donc tort de se gêner. Il semblerait que seuls les Etats d’Europe centrale et orientale, dépositaires d’une expérience historique amère, pensent que l’on ne soit pas au bout de nos surprises avec MM Medvedev et Poutine.
Au passage, on apprend de source russe que le conflit d’Août aurait fait 162victimes chez les civils sud ossètes et 48 chez les soldats russes ; on est loin des 2 000 morts annoncés à l’issue du conflit par les Ossètes et toujours repris par l’agence de presse russe RIA-Novosti.
Peut-être, à l’occasion de sa mort le 24 Décembre 2008, ne serait-il pas inutile de relire (ou lire…) le « Choc des civilisations » (écrit en 1996) du politologue Samuel Huntington (photo ci-dessous) où l’on peut lire notamment que « La politique mondiale entre dans une nouvelle phase dans laquelle la source fondamentale de conflit ne sera plus idéologique, ni économique. Les heurts entre civilisation seront dominants {…} Alors que la division idéologique en Europe a disparu, la division culturelle de l'Europe entre la Chrétienté occidentale et la Chrétienté orthodoxe et l'Islam refait surface. Les conflits le long de la ligne de fracture entre l'Occident et les civilisations islamiques se perpétuent depuis 1300 ans. Cette interaction militaire vieille de plusieurs siècles n'est pas prête de décliner». Même si ces idées sont couvertes d’opprobre par le courant mou du politiquement correct, on ne peut que reconnaître qu’elles sont aujourd’hui d’une particulière acuité.
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03 septembre 2008
Georgie: et maintenant?
Il est alarmant de constater à quel point, à l’exemple de cette agression contre la Géorgie, les observateurs occidentaux refusent de voir que la donne a changé et restent prisonniers d’analyses erronées. Ils persistent à rêver d’une Russie devenue paisible et démocratique, alors que tout indique que la restauration de son empire est depuis plusieurs années la priorité de Vladimir Poutine. Celui-ci n’avait-il pas déclaré que la désintégration de l’URSS était « la pire catastrophe du XXème siècle ?
La pusillanimité de la « vieille Europe », confrontée à ce coup de force contre un pays ayant choisi de se rapprocher en 2003 de l’Occident, n’est pas sans rappeler les politiques d’apaisement face a Hitler et Staline. Tandis que l’Ouest angélique réduisait ses budgets militaires, l’ex-KGBiste Poutine augmentait celui de son pays ! Sait-on qu’il n’y a, au niveau de l’OTAN, aucun plan de défense des Etats Baltes, l’Organisation Atlantique ayant toujours expliqué qu’il n’y avait aucune menace réelle de ce côté-là ? Sait-on que, dans le tout récent livre blanc français sur la défense, il n’y a pas un mot sur la Russie ?
Et maintenant ? Dmitri Medvedev a déclaré hier : «Pour nous, le régime actuel géorgien a fait faillite. Le président Mikheïl Saakachvili n'existe plus, c'est un cadavre politique», signifiant par là que l’objectif final restait l’élimination, d’une façon ou d’une autre, du Président géorgien démocratiquement élu.
Mais, suivant les analystes de la « nouvelle Europe », la Russie continuera de vouloir corriger cette « erreur » que fut la désintégration de l’URSS. A qui donc le tour ?
L’Ukraine semble tenir la corde, avec une Crimée russophone, où la Russie entretient l’agitation depuis plusieurs mois, rappelant que le rattachement de la Crimée à l’Ukraine en 1954 était un cadeau de Khrouchtchev qu’il convenait de rectifier. En outre, on le sait, l’Ukraine est divisée entre un Est russophone et un Ouest occidentalisé. Surveillons de près l’éventuelle distribution de passeports russes en Crimée ; puisque même le Président Sarkozy a déclaré que la Russie avait le droit de protéger ses citoyens à l’étranger, pourquoi se gênerait-elle ?
On ne peut pas, bien sûr, ne pas penser à la Moldavie, handicapée elle aussi par une république autoproclamée à caractère fortement mafieux, la Transnistrie (photo ci-dessous). Medvedev a d’ailleurs déclaré hier qu’il rencontrerait le « président » de cette Transnistrie ; afin de mettre sur pied la stratégie de reconquête ? (Pour l’anecdote, on notera que, lors de « l'élection présidentielle de 2001 », le dit-« président » Smirnov avait obtenu 103,6 % des voix dans le nord de la République……).

Les Etats Baltes sont eux aussi inquiets. Ils pressent l’OTAN d’établir un plan de défense de leur zone. Mais l’OTAN voudra-t-elle se battre pour les Baltes ? Rien n’est moins sûr, quand on voit qu’à Bruxelles, le ravitaillement en gaz l’a emporté sur la morale pour ne pas sanctionner la Russie. Les démocraties ont une fois de plus oublié que « ce ne sont pas les cadeaux qui font changer, mais au contraire c’est la fermeté ».
Paranoïaque ? J’espère que l’avenir me donnera tort. Mais je n’y crois pas trop.
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19 août 2008
Géorgie. Et maintenant, à qui le tour?
Au moment où j’écris ces lignes (mardi 19 Aout matin), il semblerait que les troupes russes soient loin de se retirer de Géorgie, ce qui était prévu hier 18 Aout, contrairement non seulement au plan français de cessez-le-feu mais aussi à leurs propres dires. Pied de nez au Président Sarkozy. Mais aussi double langage, quand on voit que, d’un côté, le Président Medvedev annonce le 18 Aout que le retrait des troupes russes a commencé, et que de l’autre les soldats russes sur le terrain reconnaissent qu’il n’est pas question de partir, ce qui est confirmé dans les faits.
Mais essayons malgré tout de tirer les conséquences pour l’avenir de cette agression russe.
Tout d’abord, soyons clair. Comme je l’ai déjà écrit, il s’avère que les Russes ont préparé cette opération bien avant l’attaque géorgienne, en fait depuis la déclaration d’indépendance unilatérale du Kosovo et surtout depuis le sommet de l’OTAN à Bucarest. Un ancien chef d’état-major de l’armée russe avait alors déclaré que la Russie se réservait le droit d’utiliser ses forces armées si les anciens satellites de l’URSS entraient dans l’OTAN. Puis les troupes des chemins de fer russes ont été déployées en Abkhazie pour remettre en état le réseau ferré (les chars russes se déplaçant sur de longues distances par le train). Par la suite le pilonnage de villages géorgiens par les Ossètes a initié une série de provocations. Enfin, des unités russes ont quitté leur cantonnement de Tchétchénie le 5 Aout, soit deux jours avant l’attaque géorgienne.
N’oublions pas une intense propagande, notamment à travers la chaine d’Etat diffusée par satellite dans le monde entier, RTR Planeta, passant en boucle les mêmes images sous le titre de « Nettoyage ethnique », puis « Catastrophe humanitaire », piégeant l’ouest avec son propre vocabulaire. Ou encore des cyber attaques contre des sites officiels géorgiens, toutes choses qui ne s’improvisent pas en 5 minutes si on est surpris.
En intervenant le 7 Aout, le Président Saakachvili pensait surtout aller bloquer la sortie du tunnel de Roki, à l’entrée duquel les chars russes étaient déjà massés, de l’autre côté de la frontière. Mais l’armée géorgienne n’a pas été assez rapide.
L’armée russe a-t-elle pour autant rempli son objectif ? Le but de Vladimir Poutine (ne parlons pas de Dmitri Medvedev qui ne semble pas vraiment être le leader dans cette affaire) était d’empêcher la Géorgie d’entrer dans l’OTAN, de détruire l’armée géorgienne et le régime actuel, et notamment son Président (NB : des missiles Totchka, capables d’atteindre Tbilissi, auraient été installés en Ossétie du sud). Mais aussi, il s’agissait d’un message d’avertissement adressé aux autres Etats de l’ex-sphère d’influence de la Russie / URSS.
Or, que voit-on ? Cinq chefs d’Etat (3 Baltes, le Polonais et l’Ukrainien) à Tbilissi apportant leur soutien au Président Saakachvili, au mépris des risques potentiels. La chancelière allemande (que n’a-t-elle dit la même chose à Bucarest ?!) déclarant que « la Géorgie sera un membre de l’OTAN si elle le souhaite, et justement elle le souhaite ». Les Polonais, jusque là hésitants, signant l’accord pour l’installation des missiles du bouclier antimissiles sur leur territoire, accord renforcé par une garantie d’intervention américaine rapide, au cas où…… Sous l’impulsion de ses membres de l’est, qui semblent bien décidés à ne plus « se faire avoir » comme à Bucarest, il semble bien que la « vieille Europe » soit bien obligé de reconnaitre le caractère impérialiste de la nouvelle Russie.
Car, n’en doutons pas, la Géorgie est un ballon d’essai. « Si l’Occident avale la pilule géorgienne et pardonne à la Russie la guerre géorgienne, déclarait un analyste russe, l’invasion de l’Ukraine ne sera qu’une question de temps ».
L’Ukraine est stratégiquement importante pour la Russie. Le gaz et le pétrole russe à destination de l’Ouest y transitent. Par un accord qui expire en 2017, Sébastopol est le port d’attache de la flotte russe de la Mer Noire. Mais surtout, non membre de l’OTAN ni de l’UE, le pays est divisé entre l’ouest (ancienne République Polono-lituanienne) pro-occidental et l’est pro-russe. Enfin, même le clan pro-occidental est perpétuellement divisé entre le Président Viktor Yuschenko et le Premier ministre Yulia Tymoshenko. Ce qui pourrait en faire un objectif relativement facile pour l’armée russe.
Mais même les Etats Baltes, notamment l’Estonie et la Lettonie, membres de l’OTAN et de l’UE, ne se sentent pas pour autant à l’abri. Abritant d’importantes minorités russes, ils redoutent que Moscou ne répète le scenario de l’Ossétie du Sud en accordant des passeports russes à cette minorité, pour intervenir par la suite au nom de la protection de ses ressortissants. Au passage, on notera que la Russie vient de décider de rééquiper sa flotte de la Baltique avec des ogives nucléaires. Pensez-vous que l’OTAN, et notamment les Européens, soient prêts à sacrifier leur pétrole ou leur gaz pour défendre Narva ou Daugavpils ?
La Russie teste. Elle ira aussi loin que le permettra l’Occident. Ne le permettons pas !
(Je sais bien qu’on va encore dire que je suis parano ! Mais je me souviens du début de la devise de la Force d’Action Rapide, où j’ai servi pendant 3 ans : « Face à l’impossible, c’est-a-dire au probable…… »)

11:54 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : georgie, russie, etats baltes
11 août 2008
Appel a manifestation
La communauté des Géorgiens de France organise une manifestation pour protester contre l'agression russe en Géorgie et qui aura lieu demain, mardi 12 août à 17H00 devant l'ambassade de Russie à Paris (40 bd Lannes, 75116 PARIS).
Nous espérons de nos amis lituaniens (et des amis de la Lituanie) un soutien qu'ils ont toujours apporté à la Géorgie.
Pouvez-vous diffuser cette information à travers votre site et d'autres moyens de communication avec vos compatriotes et leur demander de participer à cette manifestation? Nous souhaiterions qu'il y ait un drapeau lituanien.
Contexte :
La Géorgie subit de nouveau une agression russe de grande envergure dans le but da la (re)soumettre à son influence. Le ministre des affaires étrangères russe dans une conversation téléphonique avec Condoleezza Rice, Secrétaire d'État des États-Unis, a dévoilé leur but - le retrait du Président géorgien démocratiquement élu afin de stopper la volonté de Géorgie de s'affranchir de la Russie et de s'intégrer à la communauté de pays libres et démocratiques. Dans ce but ils n'hésitent pas de bombarder des civils et des objets non militaires sur le territoire géorgien. Ce matin ils ont même bombardé un camp estival d'enfants dans la région de Samégrelo.
Au nom de l'Association de Géorgiens en France,
Webmaster de www.georgie-agf.eu
Vasil Kekelia
18:59 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : georgie, russie
La Russie punit la Georgie
La guerre en Géorgie a bien du mal à se faire une place dans les medias français, majoritairement consacrés aux Jeux Olympique et à la Chine. Mais souvenez-vous, j’écrivais le 8 Aout : « … le fait que le monde aura l’esprit occupé ailleurs pendant un certain temps, pourrait donner l’idée à certains habitués de l’exercice de style de faire un « coup » qui passera ainsi quasiment inaperçu » ; je ne pensais pas que l’actualité allait me donner si vite raison. Une raison de plus pour évoquer un conflit dans lequel les Etats Baltes se sont largement impliqués, et surtout pour essayer d’en discerner les conséquences possibles.
Tout d’abord, sur un plan général, il faut rappeler l’aversion endémique de la Russie à voir les anciennes républiques soviétiques préférer rejoindre les structures euro-atlantiques plutôt que de rester sous son influence. Ce fut déjà le cas avant l’intégration des trois Etats Baltes à l’OTAN, ça l’est toujours aujourd’hui avec les aspirations de la Géorgie et de l’Ukraine. Il n’est qu’à se rappeler que, lors de sa rencontre avec le Président Saakashvili le 28 Février 2008, Vladimir Poutine avait exigé que la Géorgie renonce à ses velléités d’adhésion à l’OTAN comme préalable au règlement des conflits avec les séparatistes abkhazes et sud-ossètes.
Justement, pour bien comprendre la situation, il faut se souvenir également du sommet de l’OTAN à Bucarest, tenu du 2 au 4 Avril 2008. La Géorgie et l’Ukraine espéraient rejoindre le MAP (Membership Action Plan), considéré comme la dernière marche avant l’adhésion. La forte objection des dirigeants français et allemands ne l’a pas permis. La Russie a sans doute analysé ce non-geste comme un signe de liberté d’action pour renforcer son influence dans ces Etats.
Ce que la Russie fit dès le 16 Avril. Vladimir Poutine, qui était encore Président, émit un décret établissant des liens directs avec l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, sans, bien sûr, le consentement de la Géorgie, en violation des accords existants. Cette initiative, qui correspondait à une annexion de facto, ne suscita que de faibles protestations en Europe et aux Etats-Unis. Puis ce fut l’envoi de prétendus soldats de la paix supplémentaires et de troupes des chemins de fer en Abkhazie, ainsi que l’attribution de passeports russes à une majorité des habitants sud-ossètes et abkhazes. C’est donc une escalade de pressions et de provocations qui ont amené le 7 Aout l’intervention des troupes géorgiennes en Ossétie du Sud (qui, rappelons-le, est toujours formellement une partie du territoire de la Géorgie).
La Russie est très vite intervenue, au nom de la défense de ses citoyens, allusion aux passeports largement distribués. De part et d’autres, les moyens employés semblent surdimensionnés, même si on ne peut comparer la petite armée géorgienne avec l’armée russe et ses réserves théoriquement sans fin. Au passage, on notera que des sites internet géorgiens ont été victimes de cyber attaques, ce qui signe, avec effet rétroactif, s’il en était besoin, les actions semblables subies par l’Estonie et la Lituanie dans un passé récent. L’agression russe s’accompagne en outre d’une intense action de propagande ; la chaine russe internationale, RTR Planeta, en principe généraliste, ne parle plus que de ça ! Quant à RIA-Novosti, elle se surpasse……
Mais aujourd’hui, la Russie a pénétré sur le territoire géorgien, a bombardé la ville de Gori et apparemment l’aéroport de Tbilissi, et procède à un blocus maritime des côtes géorgiennes. Lors d’une conversation téléphonique avec son homologue américaine, Condoleezza Ricce, le ministre russe des Affaires Etrangères, Sergueï Lavrov, a à peine caché que l’objectif était de chasser le Président géorgien, Mikhaïl Saakashvili, afin de mettre en place un dirigeant docile qui n’aurait pas l’idée de demander a intégrer les structures euro-atlantiques. On est donc bel et bien en présence d’une agression russe en Géorgie.
En outre, on soulignera que la Géorgie est le seul chainon manquant dans la manœuvre d’encerclement énergétique de l’Europe par la Russie.
L’Europe, justement, n’est pas vraiment unie dans sa réaction. Les Présidents baltes et polonais, qui savent de quoi ils parlent en tant que leaders d’anciennes nations captives de l’URSS, ont appelé l’UE et l’OTAN à « prendre l’initiative et {à} s’opposer à la propagation de la politique impérialiste et révisionniste à l’est de l’Europe », insistant pour que « l’agression contre un petit pays en Europe ne {soit} pas passée sous silence ou qu’elle ne {fasse} pas l’objet de déclarations creuses plaçant au même niveau victimes et agresseurs ». Le ministre lituanien des Affaires Etrangères, Petras Vaitiekūnas, est à Tbilissi depuis samedi et sert de témoin sur ce qui se passe.
Le reste des Occidentaux, fideles à leurs habitudes, ont appelé les deux parties à mettre fin aux violences, comme si les responsabilités étaient égales. Voilà qui ressemble fort à la crise des Sudètes de 1938, où Hitler, se faisant le champion du principe des nationalités, déclara vouloir « libérer les Allemands des Sudètes » de l'« oppression » tchécoslovaque. La crise avait débouché sur la conférence de Munich du 29 Septembre 1938. Churchill avait alors déclaré : « Entre le déshonneur et la guerre, vous avez choisi le déshonneur. Et vous allez avoir la guerre ». Puissent les dirigeants européens actuels, et notamment français et allemands, s’inspirer de ce précédent pour éviter de tomber dans les mêmes erreurs. Et d’avoir les mêmes conséquences.
Car, après la Géorgie, à qui serait-ce le tour, au nom de la « protection » des citoyens russes ? A la Moldavie ? A l’Ukraine ? Aux Etats Baltes ?
10:28 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : russie, georgie, baltes, agression
05 mai 2008
Bruit de bottes en Abkhazie
La presse française semble étonnamment discrète sur un conflit gelé, qui connait un regain de tension depuis l’indépendance unilatérale du Kosovo, celui de l’Abkhazie. Lors de l’éclatement de l’U.R.S.S. en 1991, un certain nombre de républiques dites autonomes au sein d’ex-républiques soviétiques ont proclamé leur indépendance. Le conflit abkhazo-géorgien a débuté le 14 Aout 1992 et l’affrontement, à la suite duquel la Géorgie a perdu le contrôle de l’Abkhazie (ainsi que de l’Ossétie du sud), s’est achevé le 30 Aout 1993. La Communauté des Etats Indépendants (C.E.I.) a décidé le 22 Aout 1994 de l’envoi d’une force d’interposition, constituée de militaires russes.
Le Président géorgien Mikhaïl Saakashvili avait fait du retour dans la Géorgie des deux républiques autoproclamées russophones une priorité lors de son arrivée au pouvoir en 2003. Mais, en fait, l’affaire ne passionnait pas grand-monde en dehors de la Géorgie (pas même la Russie !) jusqu'à ce que deux événements viennent accélérer les choses :
· La déclaration de son indépendance par le Kosovo, et la reconnaissance de celle-ci par certains pays occidentaux ;
· La formule alambiquée (pour satisfaire la France et l’Allemagne qui ne veulent pas froisser la Russie) du récent sommet de l’OTAN à Bucarest, laissant espoir à la Géorgie et à l’Ukraine de rejoindre un jour l’Alliance.
Les républiques d’Abkhazie et d’Ossétie du sud se sont engouffrées dans la brèche et ont demandé à la Russie de reconnaitre leur indépendance. Le moins qu’on puisse dire, c’est que celle-ci ne se précipite pas pour leur donner satisfaction. A mon sens, le but de Moscou est surtout de conserver des abcès de fixation qui gênent l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN. Car l’inquiétude de Moscou (qu’elle avait déjà soulevée lors de l’entrée des Etats Baltes), c’est surtout de se voir encerclée par l’OTAN.
En réponse à une accusation de l’Abkhazie qui prétend que 7 500 soldats géorgiens sont massés à sa « frontière », Moscou a fait passer sa force d’interposition – dont on sait qu’elle est à la fois juge et partie – de 2 000 à 3 000 hommes, ce qui reste certes dans la limite autorisée par la C.E.I.. Peut-on aller jusqu'à une guerre ? Les deux parties disent ne pas la vouloir. Mais rien n’est à exclure, car la Russie n’est pas la Serbie et il est peu vraisemblable que l’OTAN ou les U.S.A. se décident à bombarder Moscou en représailles d’une action contre la Géorgie! D’autant plus que, et la Russie le sait bien, l’Ouest est une fois de plus divisé dans cette affaire.
La Lituanie, et d’autres, soutiennent l’intégrité du territoire géorgien. Et, vous le savez si vous lisez ce Blog, la Lituanie bloque l’ordre du jour de la réunion Russie – UE de Juin, en demandant justement qu’y soit inscrit ce problème des républiques autoproclamées.
L’enjeu est important, plus que vous ne le pensez sans doute en France. L’affaire du Kosovo a déjà ouvert la boite de Pandore. Si les républiques d’Abkhazie, d’Ossétie du sud et de Transnistrie devaient obtenir satisfaction, les russophones de Crimée, voire d’Estonie et de Lettonie (Vladimir Jirinovski l’a déjà évoqué), sans parler de toutes les minorités plus ou moins représentatives dans notre vaste Europe, risqueraient de leur emboiter le pas.
16:42 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : abkhazie, georgie, russie
01 avril 2008
Sommet de l'OTAN à Bucarest
Le sommet de l’OTAN 2008 va avoir lieu à Bucarest du 2 au 4 Avril. L’Albanie et la Croatie devraient recevoir une invitation formelle à adhérer. L’entrée de la Macédoine devrait être différée en raison du différend avec la Grèce sur son nom. L’Ukraine et la Géorgie espèrent rejoindre le MAP (Membership Action Plan – Plan d’Action pour l’Adhésion) qui est la première étape pour accéder au statut de membre.
La Russie est viscéralement opposée à ce pas en avant. Ayant déjà enduré deux fois l’ « ignominie » de voir ses anciens satellites ou alliés du Pacte de Varsovie entrer dans l’Alliance Atlantique (1999 et 2004), elle a fait savoir, par une campagne de presse non-stop, qu’un geste amical envers Kyiv et Tbilissi leur coûterait cher en matière de bonne volonté russe. Le Président élu, Dmitry Medvedev, a clairement menacé qu’une telle signature serait « extrêmement gênante pour les structures existantes de sécurité européenne ».
Le Président George W. Bush est, lui, arrivé hier à Kyiv pour soutenir la candidature ukrainienne. L’Allemagne, la France et la Belgique y sont par contre opposées, le camp occidental étant comme à l’habitude divisé et perplexe. La Lituanie est, elle, à la pointe du soutien aux deux candidats. En fait, les diplomates seraient à la recherche d’un compromis, mais seront-ils capables de trouver un mode de fonctionnement satisfaisant face à une Russie à la rhétorique musclée, voire paranoïaque, au décideur unique ?
Depuis que Vladimir Poutine est Président (2000), un des buts de la politique extérieure russe était de resserrer les liens avec son « étranger proche ». Les révolutions « colorées » en Ukraine et en Géorgie ont été ressenties comme un affront personnel. L’acceptation par l’OTAN de ces deux pays dans le processus d’intégration serait le signe de l’échec de cette politique. Les raisons de l’opposition russe sont donc plus psychologiques que militaires.
Poutine s’adressera au sommet de l’OTAN le 4 Avril. Viendra-t-il avec un esprit de conciliation ou répètera-t-il la rhétorique virulente du sommet de Munich de 2007, dans laquelle il avait accusé les Etats-Unis de vouloir imposer leurs vues au reste du monde ? Réponse le 4 Avril.
Mais il serait grand temps que l’Occident donne des signes de sympathie vis-à-vis d’une Ukraine et d’une Géorgie qui aspirent à s’arrimer à lui, et qu’il apprenne de l’histoire que la faiblesse face aux dictatures ne servait jamais la démocratie.
06:40 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : otan, ukraine, georgie, russie















