02 décembre 2009
La fermeture d’Ignalina, et après?
Le 31 Décembre 2009, à 23H locales, le deuxième réacteur de la centrale nucléaire d’Ignalina sera arrêté, conformément aux exigences de l’Union Européenne qui en avait fait la condition sine qua non pour l’entrée de la Lituanie dans l’UE en 2004 (le premier réacteur a été désactivé le 31 Décembre 2004). Cela veut-il dire qu’à partir du 31 Décembre soir nous nous chaufferons et nous nous éclairerons à la bougie ? Coup de projecteur (avec ampoule à basse consommation) sur un avenir proche.
Ignalina produit actuellement 80% de la consommation électrique de la Lituanie, alors que les exportations (les 20 % restant) vont principalement vers l’Estonie (45 %) et la Lettonie (23 %).
Aujourd’hui, la Lituanie est une ile énergétique, toujours uniquement reliée au réseau électrique de l’ex-Union soviétique. Le seul câble amenant de l’électricité de l’Union Européenne vers les Etats Baltes est, depuis 2 ans, l’Estlink, entre Helsinki (Finlande) et Tallinn (Estonie). Un câble de 440 km entre la Suède et la Lituanie (NorBalt) est prévu en 2016 et un autre entre la Pologne et la Lituanie … dans un certain temps.
Suite à une rencontre récente entre les Présidents Dalia Grybauskaitė et Viktor Iouchtchenko (ci-dessous), l’Ukraine s’est engagée à fournir de l’électricité à la Lituanie dès Janvier 2010. Point de détail : les livraisons devant transiter par le Belarus, le problème de l’augmentation des capacités de transit de ce pays doit encore être réglé.
A partir du 1er Janvier, la solution principale sera donc d’importer de l’électricité de Russie et de faire tourner à fond les centrales thermiques avec du gaz provenant de … Russie.
Pour le consommateur, le prix du kilowattheure (kWh) d’électricité devrait passer, d’après le Ministre de l’Energie, de 0,358 Litas à 0,449 Litas, soit une augmentation de 28 %.
En ce qui concerne le gaz, le prix du m3 devrait passer de 1,82 à 1,87 Litas (pour une consommation inferieure à 500 m3), sachant que prix de vente par la Russie peut s’avérer … fluctuant.
Bonne nouvelle : General Electric va participer à l’agrandissement de la centrale alimentée au gaz d’Elektrenai, l’équipant d’une turbine Frame 9FB qui produit plus d’énergie avec moins de combustible. Entrée en service prévue au second semestre … 2012 pour alimenter 900 000 foyers dans la région.
On rappellera que les négociations d’adhésion de la Lituanie à l’UE ont débuté en Février 2000. Mais la Lituanie ne pense lancer l’appel d’offre, pour trouver un investisseur stratégique pour sa nouvelle centrale électrique Ignalina II, qu’au cours de ce mois de Décembre 2009, avec possible signature de l’accord dans la deuxième partie de 2010. On soulignera que la capacité de la nouvelle centrale nucléaire n’est toujours pas fixée. La centrale sera-t-elle opérationnelle en 2018 – 2020 ?
Enfin, au risque de me répéter, il ne semble pas qu’en Lituanie les économies d’énergie (même si des campagnes font leur apparition) ou les énergies renouvelables soient déjà des sujets très porteurs.
10:17 Publié dans Lituanie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : lituanie, energie, ignalina, elektrenai, electricite, gaz
16 juillet 2009
Et si on parlait de Nabucco ?
Il ne s’agit pas ici de l’opéra de Giuseppe Verdi, comportant notamment le célébrissime chœur des esclaves ; encore que, on va le voir, il y ait un certain rapport……
Il s’agit, on l’aura compris, d’un projet de gazoduc reliant les régions productrices de la Caspienne, du Moyen-Orient et de l’Egypte avec l’Autriche (Baumgarten) et, au-delà, avec les marchés d’Europe de l’Ouest, via la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie. La longueur de ce gazoduc sera de 3 300 km, la construction devrait débuter en 2011 et le premier gaz devrait être distribué en 2014.
Ce projet a pris un nouveau départ lundi dernier avec la signature de la Turquie, plaque tournante incontournable. Les 6 sociétés partenaires sont OMV (Autriche), MOL (Hongrie), Transgaz (Roumanie), BEH (Bulgarie), Botas (Turquie) et RWE (Allemagne). Le site officiel du projet (http://www.nabucco-pipeline.com/) précise qu’un 7ème partenaire pourrait être accueilli, et on pense au français GDF Suez ; mais celui-ci aurait été récusé par la Turquie, en raison de la reconnaissance par la France du génocide arménien de 1915 !
Alors, pourquoi ce nom de Nabucco ? Officiellement, c’est parce qu’après le premier meeting du consortium, qui s’est tenu à Vienne en 2002, ses membres sont allés voir l’opéra éponyme de Verdi à l’opéra de Vienne. Lors du diner qui a suivi, comme se posait le problème de donner un nom au projet, tous se seraient accordés à choisir le nom de Nabucco.
Mais l’ont-ils fait exprès ? L’opéra évoque l’épisode biblique de l’esclavage des Juifs à Babylone. A l’époque où Verdi l’a écrit, la population milanaise est sous dominations autrichienne et cet opéra est alors considéré comme l’appel d’un peuple pour son indépendance, avec comme point culminant le fameux « Va, pensiero » qui est un véritable hymne à la liberté.
Alors Nabucco, appel à l’indépendance vis-à-vis de la domination gazière russe ?
La Russie a lancé, avec l'Italie, le projet concurrent « South Stream ».
10:01 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nabucco, gaz, gazoduc, verdi
27 février 2009
Guerre du gaz : on remet ça ?
Le russe Gazprom, premier exploitant et le premier exportateur de gaz au monde, à moins que ce ne soit le gouvernement russe, ce qui revient à peu près au même, menace de nouveau de couper le gaz à l’Ukraine.
C’est le quotidien russe « Kommersant » rapporte que c’est le directeur financier de Gazprom qui a déclaré mercredi dernier, devant le conseil d’administration réuni à huis clos : « Si 400 millions de dollars ne sont pas payés le 7 mars, alors une fois de plus nous allons devoir couper le gaz à l’Ukraine le 8 Mars ».
La société ukrainienne des hydrocarbures Naftogaz avait déjà prévenu la semaine dernière qu’elle n’arrivait à payer Gazprom à cause de la hausse « catastrophique » des impayés de ses clients nationaux. Le litige commercial est donc bien réel et ce n’est pas surprenant dans la mesure où l’Ukraine est touchée de plein fouet par la crise économique. Et Gazprom elle-même, qui a longtemps été la « pompe à phynance » au profit de l’Etat russe, est désormais près de ses sous.
Mais nul doute, et la formulation « nous allons devoir couper le gaz » le montre bien, la Russie essaye de faire porter la responsabilité des coupures éventuelles de gaz en Europe sur l’Ukraine. L’Ukraine qui se débat dans les problèmes politiques récurrents Iouchtchenko / Timochenko, l’Ukraine accusée de vouloir se rapprocher de l’UE et de l’OTAN, l’Ukraine où la Russie agite régulièrement le « problème » de Sevastopol (Севастополь, que vous appelez en France Sébastopol), l’Ukraine donc que la Russie essaye de discréditer aux yeux de l’Europe.
Connaissez-vous le slogan de Gazprom ? « Мечты сбываются! » (Les rêves deviennent réalité ) . Pour l’Ukraine et une partie de l’Europe, le rêve risque de se transformer en cauchemar!
Ci-dessous, la carte des gazoducs alimentant l’Europe. A noter que la Lituanie est ravitaillée à travers le Belarus, ce qui ne pose pour l’instant pas de problème. Pour l’instant …….
18:06 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : gaz, gazprom, russie, ukraine
22 janvier 2009
Quelques informations en bref
Il y a parfois pléthore dans l’actualité et il n’est alors pas possible de tout traiter en détail. C’est le cas en ce moment. Voici donc quelques informations résumées brièvement.
Centrale nucléaire au Belarus. Vous le savez, la Lituanie doit fermer le deuxième réacteur de la centrale nucléaire d’Ignalina, celle-ci ayant été considérée comme dangereuse par la Commission européenne. L’appel d’offre pour la (potentielle) nouvelle centrale n’a pas encore été lancé.
Le Belarus et la Russie viennent de s’entendre pour signer au cours du premier trimestre 2009 un accord intergouvernemental pour la construction par Rosatom (Russie) d’une centrale nucléaire au Belarus, sans passer par les appels d’offres. Cette centrale aurait une capacité de 2 000 MW ; le premier réacteur pourrait être opérationnel en 2016, le second en 2018. Cette centrale serait implantée à Astravets (Островец), au nord d’Ašmena, soit à 11 km de la frontière lituanienne, donc à 40 km de Vilnius ……
Crise gazière. Je vous recommande la lecture d’un article de Marie Jego (spécialiste du monde russe et du Caucase) dans "Le Monde" d'aujourd'hui (Jeudi 22 Janvier) sur les séquelles de la guerre du gaz entre la Russie et l'Ukraine :
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/01/21/crise-d...
Elle y confirme:
# qu'il s'agit bien d'une guerre, même si elle est sans missiles ni blindés, et que cette guerre n'est pas terminée ;
# que l'un des objectifs de M. Poutine est bien le contrôle des moyens d'acheminement et de distribution du gaz, comme cela a déjà été réalisé au Belarus et en Arménie ;
# qu'un autre de ses objectifs, et sans doute pas le moindre, est d'empêcher la réélection du Président Iouchtchenko.
Présidence de l’UNESCO. Le Président de l’UNESCO devra être remplacé à l’automne 2009. La Lituanie fait de forcing pour faire élire Ina Marčiulionytė (photo ci-dessous), actuelle représentante de la Lituanie auprès de cette institution. Les trois Etats Baltes se sont mis d’accord a la fin de 2008 pour présenter cette candidature unitaire et Mme Marčiulionytė (que j’avais rencontrée à plusieurs reprises lors de son arrivée à Paris) a été présentée hier aux Ambassadeurs en poste à Vilnius. J’en reparlerai au moment de l’élection.
Prêt pour la Lettonie. Les ministres de l’Economie te des Finances de l’UE, réunis mardi 20 Janvier à Bruxelles ont approuvé l’octroi d’un prêt de 3,1 milliards d’Euros à la Lettonie. Ce prêt s’ajoute à celui de 1,7 milliards d’Euros attribué par le Fonds Monétaire International, un de 400 millions de la Banque Mondiale et à des prêts divers promis par la BERD, la Suède, le Danemark, la Finlande, la Norvège, la République Tchèque, la Pologne et l’Estonie. Le total des sommes prêtées serait de 7,5 milliards d’Euros. A Riga, on apprécie modérément le prêt de l’Estonie voisine, elle-même en sérieuse difficulté, et on y voit le signe d’une certaine condescendance ……
08:16 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nucleaire, unesco, lituanie, lettonie, belarus, gaz
18 janvier 2009
Crise gazière: déjà des enseignements (2) ?
Sur la foi d’une dépêche de cette nuit (17 / 18 Janvier), citant une déclaration de Vladimir Poutine à l’issue de pourparlers avec son homologue ukrainienne, Ioulia Timochenko, à Moscou, « le transport du gaz russe vers l’Europe via l’Ukraine devrait reprendre sous peu ». Les conséquences pratiques de l’actuelle crise gazière entre la Russie et l’Ukraine, exposées dans un post précédent, devraient toutefois déjà inciter certains à tirer des enseignements.
D’une façon surprenante, l’agence russe RIA-Novosti titre le 15 Janvier « La crise gazière porte un rude coup à l’image de la Russie dans la CEI ». Il faut dire qu’elle reprend un article de la Nezavissimaïa Gazeta qui publie un sondage, effectué en Ukraine, en Biélorussie et en Moldavie, indiquant que les habitants de ces pays ont perdu confiance dans la Russie.
# En Ukraine, la cote de popularité de Poutine, qui était jadis immense (70 %), est en train de s’effondrer, du fait de ses déclarations agressives lors du conflit et de son association étroite avec Gazprom, qui crée tant de difficultés à l’Ukraine.
# En Biélorussie, les habitants font preuve d’une certaine préoccupation envers la « pression gazière russe », craignant d’être les prochaines victimes. Au début du conflit, les medias locaux, dont on connait la faible marge de manœuvre, donnaient un droit égal de s’exprimer aux Ukrainiens et aux Russes, mais, ces derniers jours, les télévisions critiquaient ouvertement la Russie.
# En Moldavie (à l’exception notable de la Transnistrie russophone), on espère profiter de cette crise pour obtenir des garanties afin de se rapprocher et si possible d’adhérer à l’Union Européenne.
Une des grandes perdantes de ce conflit semble être l’Union Européenne. Le journal suisse Le Temps parle d’ « affront gazier fait à l’Europe ». Les Premiers ministres bulgare, slovène et moldave étaient mercredi dernier 14 Janvier à Kiev et à Moscou pour des discussions bilatérales, montrant par là la désunion de l’UE et son incapacité à négocier d’une seule voix. Car, pendant ce temps-là, le Président en exercice de l’UE, le Tchèque Mirek Topolanek (qui avait annoncé le 7 Janvier que la crise lui semblait réglée……) et le Président de la Commission, José Manuel Barroso, avaient du mal à cacher leur désarroi à Strasbourg. José Emmanuel Barroso a menacé de porter l’affaire sur le terrain judiciaire, en incitant les compagnies européennes lésées à porter plainte. Mais une guerre juridique risquerait de conduire les autorités russes à prendre des mesures de rétorsion contre, par exemple, les compagnies pétrolières (BP, Total, Statoil) engagées en Sibérie.
L’affront se double d’un camouflet infligé aux observateurs de l’UE, déployés le week-end dernier dans les stations de mesure, mais qui ont annoncé ne pas être en mesure de remplir leur mission.
Il est difficile de savoir qui, de la Russie ou de l’Ukraine, à fermé les vannes du gaz. Les deux pays se sont livré à une guerre de propagande mais, dans ce domaine, la Russie a une bonne longueur d’avance. La solution serait de contourner, au besoin les deux pays. Au sein de l’Europe, le débat entre ceux qui défendent les projets germano - russe Nordstream (sous la Baltique) et italo - russe Southstream, et ceux qui préconisent une plus grande diversification de l’approvisionnement en énergie (projet Nabucco pour acheminer le gaz d’Asie centrale via la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche) risque donc d’être relancé. Ce dernier projet pâtit toutefois de l’absence d’unité (une fois de plus ….) de l’Union Européenne, de l’incertitude quant aux réserves gazières d’Asie centrale et de l’attitude de l’Iran dans son choix entre Nabucco et Southstream.
L’Union européenne tente de jouer la carte d’un grand marché concurrentiel incluant la Russie. Elle appelle donc régulièrement le président russe, Vladimir Poutine, à ratifier la Charte de l’énergie qui contraindrait la Russie à libéraliser son marché gazier. A ce jour, cette démarche est restée vaine.
Mais aussi, peut-être que cette crise, qui touche surtout l’Europe du sud-est, entrainera de la part de l’UE le développement prioritaire d’interconnexions énergétiques entre l’ouest et l’est de l’Europe et la constitution de stocks stratégiques. Sans oublier le renouvellement du parc de centrales nucléaires (sur 219 réacteurs en activité, 120 vont devoir être fermes d’ici 2030 !), voire son extension.
Côté russe, 70 % du PIB dépend de la production de matières premières et le taux de change du rouble est très étroitement lié au cours des hydrocarbures. On le voit bien actuellement avec un rouble qui est à un taux historiquement bas, du fait de la baisse du prix du pétrole, et qui a connu le 12 Janvier sa quatorzième dévaluation en … deux mois. Raison de plus pour que M. Poutine veuille contrôler production, acheminement et distribution de bout en bout. Il y est arrivé en Biélorussie, en mettant la main sur 50 % du réseau biélorusse de gazoducs, Beltransgaz, en faisant du chantage sur le prix de vente du gaz. N’y arrivant pas avec l’Ukraine, il essaye de démontrer que ce pays de transit n’est pas fiable et qu’il vaut mieux contourner en utilisant North Stream et South Stream. En outre, quand on voit le rôle de plaque tournante que constitue la Géorgie dans les réseaux de distribution du gaz et du pétrole, on peut se dire que l’offensive russe d’Aout 2008 pourrait avoir eu des arrière-pensées énergétiques ……
L’Europe tombera-t-elle dans le piège de se livrer pieds et poings liés à la Russie ?
09:45 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : russie, gaz, ukraine, ue
16 janvier 2009
Crise gazière: déjà des enseignements (1) ?
Alors que la crise gazière entre la Russie et l’Ukraine gèle une partie de l’Europe du sud-est depuis le 7 Janvier, certains se hasardent déjà, au delà des conséquences pratiques, à en tirer des enseignements sur la crédibilité des uns ou des autres. Dans l’attente des résultats d’un sommet Russie-Ukraine ce samedi à Moscou, voici un point, en deux parties, des uns (les conséquences pratiques) et des autres (les enseignements).
Tout d’abord, sur un plan des conséquences pratiques :
# La Bosnie-Herzégovine, totalement dépendante du gaz russe et sans réserves, peut tenir jusqu'à aujourd’hui ou demain grâce aux livraisons allemandes. Mais un tiers des foyers sont privés de chauffage depuis le début de la crise. (Tiens, j’ai eu une bonne idée de quitter Sarajevo en 2005 …)
# En Bulgarie, dépendante du gaz russe à 92 %, plusieurs milliers de foyers n’ont ni chauffage ni eau chaude, des dizaines d’écoles sont fermées et 220 usines tournent au ralenti ou sont à l’arrêt. Le pays pourrait assurer 25 à 30 % de ses besoins pendant 110 jours grâce à ses réserves.
# La Croatie, qui importe 40 % de son gaz de Russie, a imposé des restrictions à ses plus gros consommateurs industriels et estime avoir des réserves pour 2 semaines.
# La Grèce se dit sortie d’affaire jusqu'à la fin du mois grâce à des livraisons de gaz naturel liquéfié par voie maritime.
# En Moldavie, les stocks de gaz sont épuisés depuis samedi dernier et, dans la région de Chisinau (la capitale), la température des chauffages collectifs a été réduite et l’approvisionnement en eau chaude coupé. L’Autriche a offert des générateurs électriques et des chauffages de grande capacité.
# En Roumanie, qui disposait initialement de 60 à 80 jours de réserves, plusieurs centrales au gaz sont passées au mazout.
# En Serbie également, certaines unités de chauffage urbain sont passées au fioul. Le pays bénéficie en outre de livraisons de secours allemandes et hongroises, assurées jusqu’au 20 Janvier.
# La Slovaquie n’a plus que 10 jours de réserves de gaz, bien que la République Tchèque voisine lui livre quotidiennement 15 % de sa consommation. La Hongrie a également proposé une aide en gaz et électricité. Enfin, le gouvernement réfléchit toujours à relancer la centrale nucléaire de Bohunice, ce qui contreviendrait au traité d’adhésion à l’UE (c’est un sujet que l’on suit attentivement en Lituanie).
# La Slovénie, dont le ravitaillement en gaz est assuré à 60 % par la Russie et à 40 % par l’Algérie, la consommation est couverte par les réserves et grâce à un appoint depuis l’Autriche.
# Enfin, le dernier perdant est la Russie, ou plutôt Gazprom (ce qui revient à peu près au même……), qui, d’après les dires mêmes du Président russe, Dmitri Medvedev (et non pas, dans un lapsus significatif, Vladimir Poutine, comme l’a écrit Le Figaro ce matin), a déjà perdu 1,1 milliards de dollars depuis le début de la crise.
On soulignera que, si un accord intervenait ce samedi, il faudrait encore 24 à 72 heures (selon les pays) de livraisons ininterrompues pour que le gaz russe arrive à ses clients. On notera enfin que les Etats Baltes, et notamment la Lituanie, dépendante à 100 % du gaz russe, sont ravitaillés par les gazoducs qui traversent le Belarus. Ce qui n’est pas une garantie de fiabilité…….
A suivre ……
10:27 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gaz, russie, ukraine, europe
07 janvier 2009
Gazprom relance la guerre du gaz
Ce mercredi matin, GDF Suez a annoncé que les livraisons de gaz en provenance de Russie avaient baissé mardi de 70 %. La France a donc rejoint la cohorte des pays européen qui ne reçoivent plus (ou peu) de gaz russe.
La Russie a accusé l’Ukraine de voler du gaz puis d’avoir fermé 3 de ses 4 gazoducs destinés à l’exportation, ajoutant « L’Ukraine est totalement responsable de ce qui arrive » (site Gazprom). Mais la situation est-elle si manichéenne ?
Il y a deux approches différentes possibles de ce conflit. Soit on considère que le conflit est bilatéral Russie – Ukraine et uniquement économique. Dans toute discussion économique, le vendeur veut obtenir le prix le plus élevé possible et avoir des garanties d’être payé à la date prévue. L’acheteur, lui, fait tout pour réduire le prix et pour obtenir des délais de paiement en cas de besoin. En cas de désaccord, il y a des tribunaux pour régler le différend. Fermer les vannes du gaz en pleine vague de froid est une méthode de gangster. (NB : l’Ukraine payait les 1 000 m2 de gaz 179 US$ en 2008. La Russie demandait 250 US$ pour 2009 alors que l’Ukraine se disait prête à accepter 235 US$. Puis la Russie a menacé de facturer les 1 000 m2 418 US$, prix moyen payé par les Européens, voire 450 US$).
L’autre approche, privilégiée par la plupart des analystes, est de dire qu’il s’agit d’abord d’un conflit politique. C’est peu de dire que la « révolution orange » n’a pas été du goût de Moscou et qu’elle a même fait souffler un vent de panique dans la galaxie poutinienne, qui craignait la contagion. Il semblerait donc que la Russie, une fois de plus, n’hésite pas à utiliser l’arme énergétique afin de dissuader l’Ukraine de s’approcher de trop près de l’Occident. Un haut responsable du Conseil de la fédération (chambre haute du Parlement russe), Vadim Goustov, vient d’ailleurs de déclarer ouvertement que, pour négocier le prix du gaz pour 2009, l’Ukraine devait dire clairement si elle ambitionnait de devenir membre de l’OTAN ou si elle préférait rester un partenaire de la Russie. On ne peut pas être plus clair !
L’Union Européenne, par sa présidence tchèque, a décidé de considérer que ce conflit est uniquement bilatéral et économique et ne veut pas s’impliquer. Pourtant, 80 % du gaz russe destiné à l’UE transite par l’Ukraine. Mais la dépendance n’est pas uniforme ; la Bulgarie, la Finlande, la Slovaquie et les Etats Baltes sont dépendants à 100 %, la République Tchèque à 80 %, la Grèce à 75 %. Par contre l’Allemagne ne dépend qu’à 42 % du gaz russe, l’Italie à 28 %, la France à 24 % et la Grande-Bretagne à 16 %. Aussi, l’UE a apparemment de choisi de ne chercher qu’à apaiser les tensions.
A notera que j’ai parlé, à dessein, soit de la Russie soit de Gazprom. C’est en effet un euphémisme de dire que Gazprom est une arme stratégique au service de l’Etat russe. Il faut dire qu’il y a entre la plus grosse entreprise de Russie et l’Etat des liens qui confinent à la consanguinité. L’année 2008 a d’ailleurs vu un jeu de chaises musicales assez symptomatique. Avant les élections présidentielles du 2 Mars, Dmitri Medvedev était premier vice-Premier ministre et Président du conseil d’administration de Gazprom. Devenant Président de la Fédération de Russie, il a laissé ces deux jobs à Viktor Zubkov, ancien Premier ministre. Lequel job de Premier ministre a été repris par Vladimir Poutine, ancien Président de la Fédération de Russie. La boucle est bouclée, surtout si on ajoute qu’Alexey Miller, Président du Comité de Management de Gazprom (c’est lui qu’on voit le plus souvent à la télévision) est l’ancien adjoint de Poutine à la Mairie de Saint Pétersbourg……
Comment cela finira-t-il ? Peut-être, pour en avoir une idée, faut-il regarder la crise de Janvier 2006 qui a eu les mêmes causes et les mêmes effets. Mais le contexte n’est plus le même. La Russie est aujourd’hui en récession ; Gazprom a accumulé en 2008 35,4 milliards d’Euros de dettes et son action en bourse a chuté de 76 %. Les trois principaux gisements gaziers commencent à s’épuiser. De son côté l’Ukraine, forte de l’expérience de 2006, s’est dotée de capacités de stockage qui lui permettraient de pourvoir à ses besoins jusqu’à la mi-Mars. Mais surtout, après le conflit géorgien d’Août 2008, il va peut-être (enfin) se remarquer que la Russie fait de l’entrisme chez ses voisins……
12:20 Publié dans Vaste Europe | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : russie, ukraine, gaz, gazprom
18 août 2008
Le Belarus aussi dans le collimateur
Dans son action, entreprise dès 2000, de reconstruction de l’empire soviétique, l’arme du gaz était, jusqu'à l’agression contre la Géorgie, le moyen préféré de Vladimir Poutine pour faire rentrer au bercail les brebis « égarées ». L’attention des politiques et des medias européens avait été notamment attirée par une succession de crises opposant la Russie à l’Ukraine (hiver 2005-2006) et au Belarus (hiver 2006-2007). C’est que les interruptions temporaires des livraisons à ces deux pays avaient eu des répercussions sur les exportations vers l’Europe occidentale, et là ça devenait donc sérieux !
Ces deux crises successives avaient surtout été analysées comme une utilisation brutale par la Russie de l’arme énergétique pour accroitre son influence sur ces pays, mais provoquant également des inquiétudes quant à la dépendance de l’Europe vis-à-vis des importations énergétiques en général, et du gaz russe en particulier.
Rappelons tout d’abord que, depuis Mai 2008, le Président du conseil de direction de Gazprom (société qui produit et transporte le gaz naturel russe) est Viktor Zubkov (ci-dessous), actuel Premier Vice-premier Ministre, ancien Premier Ministre de la Fédération de Russie de Septembre 2007 à Mai 2008. Par un savant jeu de chaises musicales typique de la constellation poutinienne, il avait succédé à Dmitri Medvedev, devenu président de Russie, après avoir lui même cédé sa place à Vladimir Poutine, ex-chef de l'Etat, à la tête du gouvernement. Histoire de bien montrer, si d’aucun en doutait, l’étroite interaction entre l’exécutif russe et Gazprom.

Pour revenir au Belarus, celui-ci payait encore en 2006 son gaz 47 US$ les 1 000 m3, alors que le coût moyen sur le marché européen était de 250 US$. Ce « prix d’ami » expliquait sans doute que l’économie bélarusse ne se soit pas effondrée, malgré une gestion à la soviétique. Puis, fin 2006, menaçant de couper les robinets, la Russie avait obtenu in extremis accord, le 31 Décembre 2006, pour que le prix passe à 100 US$ les 1 000 m3, empochant au passage 50 % des titres de la société gazière bélarusse, Beltrangaz. D’augmentation en augmentation. Il avait été convenu entre Gazprom et le Belarus que ce prix passerait à 128 US$ au 2ème trimestre 2008.
Or aujourd’hui, le groupe russe accusant le Belarus de ne pas payer le prix convenu, « Gazprom se réserve le droit de porter plainte en justice ». Mais cette menace semble aller au-delà d’un simple rapport fournisseur / mauvais payeur (le Belarus est coutumier du fait, la Lituanie en sait quelque chose à l’époque où elle lui fournissait de l’électricité depuis Ignalina).
Certains analystes estiment en effet que la Russie veut « négocier » d’autres concessions substantielles de la part du Belarus, allant même jusqu'à la solution radicale de l’annexion du Belarus, sous une forme ou sous une autre. L’ambassadeur russe auprès de l’OTAN a d’ailleurs récemment déclaré que Moscou et Minsk devaient avoir leurs « propres projets, avec des délais fixes, réalisés par des gens responsables, et {…} agir dans le sens du renforcement de l’Etat uni (Russie et Belarus). Le message est clair !
Le fait de sentir le vent tourner explique peut-être que le Belarus n’ait même pas soutenu l’action de la Russie en Géorgie (en fait, seul Cuba l’a soutenue). Venu le 14 Aout à Moscou pour essayer d’obtenir une baisse du prix du gaz en 2009 et un prêt à long terme de 2 milliards de US$, le Premier Ministre bélarusse, Syarhei Sidorski, a été fraichement reçu par son homologue russe, Vladimir Poutine, et a dû s’expliquer à la place sur le « silence timide » du Belarus dans le conflit russo-géorgien. Poutine a demandé à ce que les Présidents Dmitri Medvedev et Alyaksandr Lukashenka se mettent d’abord d’accord sur le principe et les négociations économiques ont été reportées en Septembre-Octobre.
Lukashenka a justement lancé quelques mesures limitées, économiques et politiques, pour s’assurer les bonnes grâces de l’Union Européenne et se sortir des griffes de la Russie. Mais on voit mal l’Europe, ayant déjà du mal à s’engager pour son allié pro-occidental géorgien, s’engager pour le dernier dictateur en Europe……

09:54 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belarus, russie, gaz



















