08 novembre 2009

Chute du mur de Berlin (2): les acteurs

Berlin_Wall_Trabant_grafitti.jpgTout comme l’ouverture du mur ne fut pas un évènement isolé, apparu ex abrupto, elle n’a pas été le fait d’un seul acteur, en l’occurrence Mikhaïl Gorbatchev. Retour sur ceux qui y ont joué un rôle déterminant, une liste bien sûr subjective.

Tout d’abord, Ronald Reagan (1911 – 2004). Président des Etats-Unis de 1981 à 1989, en contraignant l’URSS à une course aux armements qu’elle n’était pas en mesure de suivre économiquement, il accélèrera la décomposition de celle-ci. On se souvient de son discours à Berlin, le 12 Juin 1987, appelant Gorbatchev à faire tomber le rideau de fer (ci-dessous). Il est souvent considéré comme le grand vainqueur de la guerre froide.

320px-ReaganBerlinWall.jpg

Jean-Paul II (1920 – 2005), Pape polonais élu en 1978, a contribué à la déstabilisation du bloc communiste par le rappel constant de convictions morales qui, en quarante-cinq années, avaient été occultées: le droit à la vérité face au mensonge; le respect de la conscience et de la liberté religieuse, érigée en liberté fondamentale; le droit pour les croyants à avoir toute leur place dans la société. Ses trois voyages dans la Pologne communiste (1979, 1983 et 1987 – cf. photo ci-dessous) vont former la trame d'une résistance politique et spirituelle, préparer les esprits à l'alliance des intellectuels dissidents, des ouvriers et des catholiques qui, dans ce pays et, par effet de contagion, dans les « pays frères » de l'Est, va lézarder le système, avant de lui donner le coup de grâce.

On retiendra une image : celle du Pape voyant à la télévision que les ouvriers de Gdansk ont accroché, sur les grilles de leur usine en grève, son propre portrait. Jamais jusque là (Berlin-Est, Budapest, Prague) aucune révolte populaire en Europe de l'Est n'avait eu de connotation religieuse.

On soulignera qu’à Berlin-Est, la contestation pacifique n'aurait pas été possible sans l'engagement des pasteurs de l'Eglise évangélique allemande qui ont su accueillir dans leurs églises (Saint-Nicolas à Leipzig, Gethsémani à Berlin) les manifestants de l'automne 1989.

Pope_John_Paul_II_11_06_1987_01edited.jpg

Mikhaïl Gorbatchev (1931 - …). Accédant à la tête de l’URSS en 1985, il se doit de relancer l’économie et la société soviétique et il promeut alors une politique de réforme (perestroïka). Il prévient les pays du bloc de l’Est que l'URSS n’interviendra pas militairement en cas de changement de régime. En visite à Berlin-Est en octobre 1989, il est acclamé par la population, qui l’accueille aux cris de «Gorbi ! Gorbi ! ». Moscou lâche alors la RDA et n’empêche pas la chute du Mur. Adulé par l’Occident, on se rappellera qu’il a continué à ordonner la répression au sein de l’Union soviétique. Confronté à un coup d’Etat raté et à la dislocation de l’URSS, il démissionnera le 25 décembre 1991.

20091020PHOWWW00203.jpg

On l’oublie souvent : la première ouverture dans le rideau de fer s’est produite en Hongrie. Au printemps 1989, la direction du parti communiste hongrois décide, pour des raisons idéologiques et financières, de démanteler les barbelés installés entre la Hongrie et l’Autriche. Moscou laisse faire. Le ministre hongrois des Affaires étrangères Gyula Horn (1932 - … à droite sur la photo) et son homologue autrichien, armés de cisailles, immortalisent le 27 Juin 1989 cette percée dans le « Rideau de Fer ». A la mi-octobre, 50.000 Allemands de l’est ont déjà fuit en Hongrie pour passer à l’Ouest. « La première pierre du Mur de Berlin a été enlevée en Hongrie », dira plus tard le chancelier Helmut Kohl.

20091020PHOWWW00204.jpg

Helmut Kohl (1930 - …), Chancelier de la République Fédérale Allemande de 1982 à 1998. En Novembre 1989, moins de vingt jours après l'ouverture du mur de Berlin, il força le destin en lançant, sans en avertir ses partenaires occidentaux ni l'Union soviétique, un « plan en dix points », véritable feuille de route vers la réunification des deux Allemagnes. Son instinct politique ne l'avait pas trompé: la fin du Mur signifiait la mort subite de la RDA. Il avait eu raison de brusquer les choses car la situation et la volonté populaire est-allemande exigeaient de réunifier sans délai et sans se soucier ni des craintes européennes ni des « vapeurs » de Moscou.

20091020PHOWWW00205.jpg

Mais surtout, c’est le peuple qui fut le véritable acteur de la chute du mur. Celui qui avait déjà affronté les chars soviétiques en Juin 1953 et qui, depuis Première grande manifestation à Leipzig le 25 Septembre 1989, et jusqu'à celle du 4 Novembre 1989 réunissant un million de personnes sur l’Alexander Platz à Berlin-Est, a poussé le régime de la RDA à l’effondrement (ci-dessous, Leipzig 17 Octobre 1989). Avant le 9 Novembre 1989, Berlin-Est scandait : « Nous sommes le peuple ! ». Après le 8 Novembre 1989, tout Berlin (et toute l’Allemagne) scandait : « Nous sommes un peuple ! ».

01020146330600.jpg

(A suivre : Chute du mur de Berlin (3) : et la France ?)

06 novembre 2009

Chute du mur de Berlin (1) : chronologie élargie

Berlin_Wall_Trabant_grafitti.jpgDans l’inconscient populaire occidental, et même dans certains medias, la chute du mur de Berlin le 9 Novembre 1989 a été un évènement spectaculaire et unique, qui a marqué la fin du communisme en Europe. Il n’en est évidemment rien. Ce ne fut en fait qu’une étape, sans doute la plus médiatisée, dans la lente dislocation des régimes communistes d’Europe de l’est.

Le but de cette série de posts est de montrer le processus de cette dislocation et le rôle de chacun dans ce processus. Tout d’abord, retour sur une chronologie éminemment subjective.

7 0ctobre 1949 : après le blocus de Berlin-Ouest par les soviétiques, la Loi fondamentale de la République Fédérale d’Allemagne est proclamée le 23 Mai 1949. Le 7 Octobre, la division est-ouest se renforce avec l’entrée en vigueur de la Constitution de la République Démocratique Allemande (RDA).

16-17 Juin 1953 : insurrection ouvrière à Berlin-Est puis dans toute la RDA. Répression par l’armée soviétique et la police est-allemande.

28 Juin 1956 : insurrection ouvrière à Poznań (Pologne). Répression par l’armée polonaise, sur ordre des soviétiques.

23 Octobre 1956 : insurrection spontanée de Budapest (Hongrie). Répression par l’armée soviétique.

12-13 Aout 1961 : début de la construction du mur de Berlin (Walter Ulbricht, en accord avec Khrouchtchev).

5 Janvier 1968 : arrivée au pouvoir en Tchécoslovaquie du réformateur Alexander Dubček : printemps de Prague. Répression à partir du 21 Aout 1968 par les troupes du pacte de Varsovie. 16 Janvier 1969 : immolation par le feu de l’étudiant Jan Palach.

14 Mai 1972 : l’étudiant lituanien Romas Kalanta s’immole par le feu à Kaunas (Lituanie) pour protester contre l'oppression de l'occupant soviétique envers la langue et la culture lituaniennes.

16 Octobre 1978 : le cardinal polonais Karol Józef Wojtyła devient Pape sous le nom de Jean-Paul II. Premier voyage en Pologne du 2 au 10 Juin 1979.

31 Aout 1980 : création en Pologne de la fédération de syndicats Solidarność, dirigée à l'origine par Lech Wałęsa. Des grèves nationales en 1988 forcent le gouvernement du général Jaruzelski à ouvrir le dialogue avec Solidarność. Le mouvement est légalisé le 17 Avril 1989 et peut participer aux élections.

15 mars 1985 : élection de Mikhaïl Gorbatchev au Plénum du Comité Central du Parti communiste d’Union soviétique.

23 Aout 1987 : première manifestation en Lituanie contre l’occupation soviétique, devant le monument d'Adomas Mickevičius à Vilnius. A Riga (Lettonie), entre 7 et 10 000 personnes déposent des fleurs au Monument de la Liberté.

16 juin 1989 : 250 000 personnes assistent au transfert de la tombe de Imre Nagy, ex-Premier Ministre hongrois, martyr de la révolution de 1956. Cette date est considérée comme un tournant symbolique dans le changement de régime en Hongrie.

27 juin 1989 : les ministres des Affaires extérieures d’Autriche et de Hongrie coupent les barbelés séparant la frontière à Sankt Margarethen / Sopronkohida (Autriche/Hongrie).

23 Aout 1989 : Voie balte. 2 millions de Lituaniens, Lettons et Estoniens forment une chaine humaine de deux millions de personnes entre Vilnius, Riga et Tallinn pour protester contre l’occupation soviétique.

24 Aout 1989 : Tadeusz Mazowiecki devient Premier Ministre polonais, après que Solidarność ait gagné 99 des 100 sièges au Sénat et tous les sièges à la Sejm (161).

10 Septembre 1989 : création de « Neues Forum » en RDA. Avec l’Eglise protestante, c’est le principal mouvement réclamant des réformes démocratiques. Première grande manifestation à Leipzig le 25 Septembre 1989.

7 Octobre 1989 : en visite à Berlin-Est, Mikhaïl Gorbatchev « lâche » le régime est-allemand

4 Novembre 1989 : manifestation d’un million de personnes sur l’Alexander Platz à Berlin-Est

9 Novembre 1989 : ouverture du mur de Berlin

10 novembre 1989 : décret du Soviet suprême d'URSS déclarant les déclarations estonienne, lettone, lithuanienne et azéri sur la prééminence des lois des Républiques sur les lois de l'URSS en contradiction avec la Constitution et donc nulles et non avenues.

30 Novembre 1989 : ouverture des frontières entre la Tchécoslovaquie et l’Autriche.

21 – 25 Décembre 1989 : révolution sanglante en Roumanie

11 mars 1990 : déclaration restaurant l'indépendance de la Lituanie. A partir du 18 Avril, l’URSS impose un blocus économique à la Lituanie.

30 mars 1990 : déclaration restaurant l'indépendance de l'Estonie avec une période de transition.

4 mai 1990 : déclaration restaurant l'indépendance de la Lettonie avec une période de transition.

13 Janvier 1991 : alors que le monde a les yeux tournés vers Bagdad (première guerre du Golfe), les forces spéciales soviétiques donnent l’assaut à Vilnius (Lituanie) contre la télévision et le Parlement et font 14 morts et plus de 300 blessés civils.

20 Janvier 1991 : attaque du Ministère de l'intérieur à Riga (Lettonie) par les OMON: 6 morts et 10 blessés.

31 juillet 1991 : 7 gardes frontières du poste de douane de Medininkai (Lituanie) sont tués. Tout porte à croire que c'est le fait des OMON de Riga. Ce seront les derniers morts victimes de l’URSS de M. Gorbatchev.

19-21 Aout 1991 : échec du putsch de Moscou. Gorbatchev démissionne de son poste de Secrétaire général du parti communiste. En Septembre, l’URSS reconnait l’indépendance des Etats Baltes.

25 Décembre 1991 : Gorbatchev démissionne de son poste de président soviétique, 4 jours après que les représentants de onze républiques soviétiques (absents les 3 Républiques baltes et la Géorgie) aient constaté le décès de l'URSS à Alma-Ata, au Kazakhstan. L'Union soviétique cesse d'exister.

26 Avril 2005 : le Président russe Vladimir Poutine déplore la disparition de l'Union Soviétique, en déclarant au cours d'un discours devant le Parlement que c'était "la plus grande catastrophe géopolitique du siècle".

On a donc vu que l’ouverture du mur de Berlin n’a été qu’un épisode de la décomposition de l’empire soviétique, souvent sous la pression des peuples opprimés. Mais aussi, on a vu que l’URSS a encore continué à tuer après le 9 Novembre 1989. Toutefois, avec la chute du mur, ne sont-ce pas aussi nos défenses qui sont tombées ? Qui s’inquiète en effet des déclarations et des actes de Vladimir Poutine, réhabilitant Staline et l’URSS ?

(A suivre)

05 novembre 2009

Les Français aujourd’hui dans les Etats Baltes

drapeau.jpgLe numéro de Septembre-Octobre 2009 (reçu aujourd’hui……) de « La voix de France », le magazine de l’Union des Français de l’Etranger) fait le point des Français inscrits dans les Consulats au registre des Français à l’étranger, au 31 Décembre 2008. Ces chiffres ne représentent pas le chiffre réel des Français à l’étranger, certains n’éprouvant pas le besoin, voire ne voulant pas s’inscrire. Ils donnent toutefois une idée très représentative.

En 2008 donc, il y avait 1 427 046 Français inscrits dans les Consulats. Ce chiffre est en progression.

Les pays où les Français sont les plus nombreux sont : la Suisse (138 349), suivie des Etats-Unis (117 076), de la Grande-Bretagne (112 660) et l’Allemagne (106 842).

Il n’y a aucune commune mesure en ce qui concerne les Etats Baltes :

# En Lituanie, les Français étaient 289, chiffre en progression (2007 : 245 – 2006 : 230)

# En Lettonie, le chiffre stagne : 190 en 2008, 186 en 2007, 190 en 2006

# En Estonie, le chiffre stagne également, voire diminue : 138 en 2008, 138 en 2007, 146 en 2006.

En Europe, le pays où l’on enregistre le moins de ressortissants français est la Moldavie (65), suivie du Belarus (82). A l’opposée, derrière la Suisse, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, on trouve dans l’ordre la Belgique, l’Espagne, l’Italie, le Luxembourg, etc.…… L’Europe occidentale représente d’ailleurs un peu moins de 50 % des expatriations (698 644).

Sur un plan des régions, l’Europe de l’est est d’ailleurs la région du monde où l’on enregistre le moins de Français (25 808), devant quand même l’Afrique non francophone (16 602).

Tout ceci est donc bien peu aventureux. 35,5 % des Français interrogés déclarent d’ailleurs travailler à l’étranger au service de leur administration.

EUmap.gif