19 mars 2010
Madame Simone Veil et la Lituanie
Je ne reviendrai pas sur la réception sous la coupole de l’Académie Française, hier 18 Mars 2010, de Madame Simone Veil, ancien Ministre d’Etat, ancien Président du Parlement Européen. Elle avait été élue le 20 Novembre 2008 pour succéder à Pierre Messmer au fauteuil n° 13, celui qui avait été, entre autres, celui de Jean Racine (1672), d’Eugène Scribe (1834), de Pierre Loti (1891), de Paul Claudel (1946) ou encore de Maurice Schumann (1974) pour les plus connus.
Je soulignerai toutefois avec une certaine satisfaction que celle que l’on ne peut pas accuser de ne pas être féministe a commencé son discours par les paroles suivantes : « …… En effet, même si l’Académie française, dès sa naissance, a toujours diversifié son annuaire, jusqu’à, pensez donc, s’ouvrir à des femmes, elle demeure à mes yeux le temple de la langue française. Dans ce dernier bastion, elle épouse son temps, sans céder aux dérives de la mode et de la facilité, et, par exemple, n’est-ce pas Madame le Secrétaire perpétuel, sans donner dans le travers qui consiste à faire semblant de croire que la féminisation des mots est un accélérateur de parité. ». Mais c’est une autre histoire ……
Madame Simone Veil a un rapport douloureux avec les Etats Baltes, et en particulier avec la Lituanie et l’Estonie. Elle-même déportée à l’âge de 16 ans à Auschwitz-Birkenau, son père et son frère faisaient partie des 878 Juifs de France déportés par le convoi n° 73, parti de Drancy le 15 Mai 1944.
Le convoi 73 est le seul des 79 convois constitués par les nazis, suite à la conférence de Wannsee du 20 Janvier 1942, qui ait été dirigé vers les Pays Baltes. Il avait également la particularité d’être le seul à avoir été uniquement constitué d’hommes et de jeunes gens, de 12 à 66 ans. Dix des 15 wagons sont restés à Kaunas, et ce sont environ 600 hommes qui ont été dirigés vers le IXème Fort (ci-dessous), puis vers le camp de travaux forcés de Pravieniškės. Les autres ont continué jusqu'à Reval, aujourd’hui Tallinn, et ont d’abord été internés à la prison de Patarei, avant d’être utilisés à la réparation des pistes d’atterrissage du terrain d’aviation de Lasnamaë.
Seuls 22 ou 23 (selon les sources) des 878 hommes du convoi 73 ont survécu après la guerre.
A ce jour, on ignore toujours les raisons pour lesquelles ce train a été dirigé vers les Pays baltes. Une des hypothèses pourrait être que les Allemands aient fait venir des Juifs ne parlant pas la langue locale pour remplacer des « brûleurs de cadavres » lituaniens qui s’étaient évadés du IXème Fort dans la nuit du 25 Décembre 1943. Car le IXème Fort a surtout été un camp de concentration où de 60 à 80 000 Juifs ont été assassinés. Madame Simone Veil, qui s’était rendue sur place, ne saura sans doute jamais, faute d’archives, ni où, ni quand, ni comment, sont morts son père et son frère. C’est hélas le cas pour tous les déportés du convoi.
L’Association des Familles et Amis des Déportés du Convoi 73 effectue tous les deux ans, depuis 1995, un voyage de mémoire en Lituanie et en Estonie. Celui de 2010 aura lieu du 30 Mai au 3 Juin, à Kaunas et Tallinn. Cette année, ce pèlerinage revêtira une importance particulière puisque sera inaugurée à Tallinn une stèle érigée à la prison de Patarei (ci-dessous, une des stèles du Fort IX) .
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24 février 2010
24 Février 1918: indépendance de l’Estonie
Le 24 Février 1918 avait été le premier jour d'indépendance pour l'Estonie, proclamée par le « Conseil des Anciens », après sept siècles d'asservissement et avait vu la constitution du premier gouvernement provisoire estonien, dirigé par Konstantin Päts (ci-dessous). Cette première indépendance a duré de facto trente-six heures, car le 25 Février, l'armée allemande entrait dans Tallinn (qui allait redevenir Reval) avant d'occuper tout le pays. L'une des premières mesures des occupants fut de dissoudre le nouveau gouvernement.
En Novembre, les troupes allemandes se retirent, mais l’armée rouge prend leur place ! Ce n’est qu’à partir de Janvier 1919 que l'Estonie se libèrera grâce à l’action de l'armée nationaliste du général Johan Laidoner. Du 5 au 7 Avril 1919, une Assemblée constituante sera élue. Le 2 Février 1920, par le Traité de Tartu, la Russie bolchevique reconnaitra l’indépendance de l’Estonie.
Comme il est de règle, les trois drapeaux baltes étaient hissés aujourd’hui devant (au moins) le palais présidentiel de Vilnius.
BONNE FÊTE NATIONALE AUX ESTONIENS ET A LEURS AMIS
16:28 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : estonie, fete nationale, konstantin pats
16 février 2010
16 Février 1918: indépendance de la Lituanie - Hommage
Les lecteurs fidèles de ce blog savent que, le 16 Février 1918, le Conseil National Lituanien, constitué de vingt représentants (cf. ci-dessous) et présidé par Jonas Basanavičius, proclama la restauration de l’Etat indépendant de Lituanie, régi par des principes démocratiques, ayant pour capitale Vilnius.
Je voudrais attirer aujourd’hui l’attention sur l’un des signataires de la déclaration d’indépendance, Aleksandras Stulginskis (1885 – 1969 cf. ci-dessous). Plusieurs fois Ministre, il organisa la défense du pays contre les agressions extérieures des Bolcheviques et des Polonais. A ce titre, il fut notamment chargé de l'organisation d'une armée nationale. En Mai 1920, il est élu Président du Parlement (Seimas) et Président de l'État (début de mandat le 21 Décembre 1922), postes qu’il occupera jusqu’au 7 Juin 1926, date de l’élection de Kazys Grinius. Suite au coup d'État du 17 décembre 1926, il retrouvera la présidence du Parlement jusqu'à sa dissolution par Antanas Smetona le 12 Avril 1927. Il ne s’adonnera plus alors qu’à ses occupations d’agronome.
En Juin 1941, les troupes d’occupation soviétiques arrêtent celui qui n’est plus qu’un agronome, ainsi que son épouse Ona et ils sont déportés dans un camp de travail du Goulag sibérien. Il s’y construit la cabane en bois ci-dessous qui sera, jusqu’en 1956, la résidence d’un ancien Président d’un Etat libre et démocratique. Même après son retour en Lituanie, et jusqu'à sa mort à Kaunas en 1969, il sera l’objet de constantes humiliations de la part du pouvoir soviétique lituanien.
Car la Lituanie à cette époque représentait le contraire des principes démocratiques pour lesquels Aleksandras Stulginskis avait lutté toute sa vie : les activités liberticides du KGB, les dénonciations, les emprisonnements et les exécutions sans procès, la corruption et la mauvaise gestion au profit d’une nomenklatura. En ce 16 Février 2010, 125 ans après sa naissance (26 Février 1885), à une époque où certains réhabilitent Staline, Aleksandras Stulginskis ne doit pas être oublié.
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