22 août 2009

Le Pacte Molotov – Ribbentrop et ses conséquences (3)

 

country.gifLa Lituanie, occupée et annexée par l’Union Soviétique depuis Juillet 1940, a été par la suite occupée par l’Allemagne lorsque celle-ci a attaqué l’URSS le 22 Juin 1941 (opération « Barbarossa »), avant d’être de nouveau occupée par l’URSS (celle-ci parle de « libération »……) à partir de Juillet 1944.

A partir de Septembre-Octobre 1944, les premiers groupes de résistants commencèrent à se former et à entrer en action contre l’occupant soviétique. Si cette lutte armée massive prit fin en Novembre 1948, des actions durèrent jusqu’en 1953, avec l’arrestation du général Žemaitis, Président du directoire du mouvement de lutte pour la liberté de la Lituanie, le 30 Mai 1953.

La résistance ne s’arrêta pas pour autant. Le 14 Mai 1972, devant le théâtre de Kaunas qui avait vu, en 1940, la farce tragique de l’annexion de la Lituanie par l’URSS, un étudiant de 19 ans, Romas Kalanta (ci-dessous) s’immola par le feu pour protester contre l’occupation soviétique.

 

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Si la première organisation dissidente, rassemblant des informations sur les violations des Droits de l’homme en Lituanie soviétique, fut créée le 25 Novembre 1976, c’est sur les 23 Aout que vont se focaliser les protestations, lesquelles vont prendre de plus en plus d’envergure.

Le 23 Aout 1979, quarante cinq délégués des nations baltes demandèrent que l’Union soviétique et les deux Allemagnes (RFA – RDA) reconnaissent la nullité du pacte Molotov – Ribbentrop.

Le 23 Aout 1987, devant le monument d’Adomas Mickevičius à Vilnius (à côté de l’église Ste Anne), la Ligue Lituanienne pour la Liberté organisa un meeting réunissant plusieurs centaines de personnes protestant contre le pacte.

Le 23 Aout 1988, le mouvement Sajudis, crée le 3 Juin 1988, organisa un rassemblement de masse de 150 000 personnes dans le parc Vingis à Vilnius, pour, une fois de plus, condamner le pacte, mais aussi pour demander une plus grande autonomie pour la Lituanie et la restitution des symboles nationaux (drapeau, armoiries).

Enfin, le 23 Aout 1989, pour marquer le cinquantième anniversaire des accords conclus entre Staline et Hitler contre les Pays Baltes, une chaine humaine d’environ deux millions de personnes, Lituaniens, Lettons, Estoniens, relia, sur 650 km, Vilnius à Tallinn en passant par Riga (en lituanien « Baltijos kelias »). Dans une session solennelle de l’Assemblée de Sajudis, il fut en outre revendiqué que les relations entre la Lituanie et l’URSS fussent rétablies telles qu’elles étaient au 12 Juillet 1920, lors de la signature des accords de paix. C’était la marche inexorable vers le retour à l’indépendance, rétablie formellement le 11 Mars 1990, mais reconnue par l’URSS seulement le 6 Septembre 1991, après que celle-ci eut encore tué à Vilnius (et Riga) en Janvier 1991 et à Medininkai le 31 Juillet 1991. (On soulignera la prouesse que dût constituer l’organisation de cette chaine, au nez et à la barbe de l’occupant).

L’URSS (Congrès des Députés du Peuple de l’URSS) ne reconnaitra l’existence des articles secrets du pacte Molotov – Ribbentrop que le 24 Décembre 1989, n’y voyant qu’ « une dérogation aux principes léninistes de politique étrangères de l’URSS » ! Les millions de victimes de l’URSS dans la « sphère d’intérêt », emprisonnées, déportées, torturées ou fusillées, apprécieront…… La faute est d’ailleurs rejetée sur Staline et Molotov qui auraient caché les accords secrets. Un sommet de mauvaise foi !

(à suivre)

 

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La voie balte vers la Liberté

 

21 août 2009

Le Pacte Molotov – Ribbentrop et ses conséquences (2)

 

country.gif(Cet article traite principalement des conséquences immédiates du Pacte Molotov – Ribbentrop en Lituanie)

Après que l’URSS ait envahi la partie orientale de la Pologne, à partir du 17 Septembre 1939, elle offrit « généreusement » à la Lituanie la région de Vilnius, occupée par les Polonais depuis 1920 (2 Octobre 1939). Mais, en contrepartie, L’Union soviétique exigeait la signature d’un nouvel accord lui permettant d’établir des bases militaires avec 50 000 hommes sur le territoire lituanien. Le gouvernement lituanien, alors installe à Kaunas, essaya de résister quelques jours mais il céda le 10 Octobre 1939, après avoir obtenu que le nombre de militaires soviétiques soit réduit à 20 000.

Des accords identiques furent imposes à la Lettonie (5 Octobre) et à l’Estonie (27 Septembre). La Finlande refusa un tel traité et, le 30 Novembre 1939, l’Armée Rouge l’envahit. Malgré une défense héroïque, la Finlande fut obligée de signer un traité d’armistice le 13 Mars 1940, perdit un partie de son territoire, mais garda son indépendance.

Le 30 Mai 1940, le gouvernement soviétique accusa, sans aucun fondement, les autorités lituaniennes d’organiser des provocations contre l’Armée Rouge. Bien que le gouvernement lituanien ait accepté, le 14 Juin 1940, un ultimatum de l’Union soviétique, celle-ci envahit la Lituanie le 15 Juin 1940 avec 15 divisions (150 000 soldats !). Dès le 16 Juin, avec l’arrivée de l’adjoint du Commissaire aux Affaires Etrangères de l’URSS, Vladimir Dekanozov, ancien du NKVD, la soviétisation du pays commença. Dekanozov nomma le 17 Juin un gouvernement fantoche avec comme « Premier Ministre » Justas Paleckis.

Pendant ce temps-là, les Allemands purent envahir la France par une Blitzkrieg, tout en étant tranquilles à l’est …… En outre, la Gestapo livra au NKVD (police politique de l’URSS, gérante du goulag) les réfugiés russes présents sur le territoire allemand et réclamés par l'URSS, en échange de quoi l'URSS livrait à l'Allemagne de nombreux réfugiés antifascistes allemands et autrichiens réfugiés en Union soviétique.

Le 6 Juillet 1940, Dekanozov annonça que des élections à un « Seimas populaire » se tiendraient le 14 Juillet. Le parti communiste lituanien annonça la formation d’une Union de la Lituanie du Travail, association qui eut le droit exclusif de fixer la liste des candidats, un par siège, dans un processus qui perdurera longtemps …. Pour réduire au maximum les possibilités d’opposition, les leaders des « partis étatiques » furent arrêtés dans la nuit du 11 au 12 Juillet et 2 000 déportés à l’intérieur de l’Union soviétique. Puis on proclama que quiconque s’abstiendrait serait considéré comme un « ennemi du peuple ».

Le lendemain du vote, on annonça que 95,5 % des électeurs avaient pris part au vote, votant à 99,19 % pour les listes uniques. Les statistiques officielles font état de 106,18 % de participation à Kaunas, et 133 % à Vilnius !

Le « Seimas populaire » ainsi constitué se réunit le 21 Juillet au théâtre de Kaunas (ci-dessous) et demanda séance tenante « au Soviet Suprême de l’URSS d’admettre la RSSL (République Socialiste Soviétique Lituanienne) dans l’URSS. On notera au passage que des « invités de marque », agents du NKVD, soldats soviétiques, membres du parti communiste, participèrent au « vote »…… Le 3 Aout 1940, le Politburo du Soviet Suprême accepta la demande d’intégration de la Lituanie à l’URSS. L’occupation se transformait en annexion.

 

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C’est ce que les autorités russes actuelles appellent encore aujourd’hui « s’être passé conformément à la loi » (Major-General Lev Sotskov, du SVR - Service de Renseignement Extérieur, héritier du 1er Bureau du KGB).

La procédure d’annexion fut la même en Lettonie, supervisée par un autre Adjoint aux Affaires Etrangères, Andrey Vyshinsky, et en Estonie par un membre du Politburo, Andrei Zhdanov.

 

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Rencontre d'officiers nazis et sovietiques

(A suivre)

Le Pacte Molotov – Ribbentrop et ses conséquences (1)

country.gif(Je commence la rédaction et la mise en ligne de plusieurs posts pour expliquer une série d’événements qui ont pour point de départ le pacte de non agression germano – soviétique, dit Pacte Molotov – Ribbentrop)

Après leur retour (Lituanie – 16 Février 1918) ou leur accession à l’indépendance (Lettonie – 18 Novembre 1918 et Estonie – 24 Février 1918), les trois Etats Baltes avaient signé avec la Russie soviétique (l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques n’étant fondée que le 30 Décembre 1922) :

# en 1920, des traités de paix (Estonie 2 Février, Lituanie 12 Juillet, Lettonie 11 Aout)

# des pactes de non-agression (Lituanie 28 Septembre 1926, Lettonie 5 Février 1932, Estonie 4 Mai 1932). Le Pacte avec la Lituanie fut prolonge pour 5 ans le 6 Mai 1931, puis, avant même son expiration pour 11 ans le 4 Avril 1934.

Au début de Novembre 1938, pressentant l’approche du conflit européen, les organes législatifs des trois Républiques adoptèrent des textes de lois identiques, manifestant leur ferme volonté de rester neutres, à l’écart d’un éventuel conflit.

Par ailleurs, inquiétée par les projets d'expansion à l'Est de l'Allemagne nazie (à la recherche de son « espace vital ») ainsi que par la rhétorique très agressive d'Hitler (pour lequel les Slaves sont des « sous-hommes » devant être exterminés ou réduits en esclavage), l'URSS presse à de nombreuses reprises la France et le Royaume-Uni de conclure des accords d'alliance incluant des clauses d'entraide militaire si l'un des pays venait à être attaqué par l'Allemagne.

Les atermoiements franco-anglais face à une telle alliance contre l'Allemagne nazie, ainsi que leurs concessions à Hitler et les indices montrant que ces pays espéraient une guerre entre l'Allemagne et l'URSS, peuvent expliquer que l'URSS, se détournant de démocraties occidentales perçues comme indifférentes, sinon hostiles envers elle, se rabatte sur un accord avec l'Allemagne.

Le 23 août 1939, l'URSS, représentée par Viatcheslav Molotov, et l'Allemagne nazie, représentée par Joachim von Ribbentrop (tous deux ci-dessous avec Staline), signèrent à Moscou un Traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union des républiques socialistes soviétiques, plus communément appelé Pacte germano-soviétique ou encore Pacte Molotov-Ribbentrop, du nom de ses signataires.

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Le traité proclamait un renoncement au conflit entre les deux pays, ainsi qu'une position de neutralité dans le cas où l'un des deux pays signataires serait attaqué par une tierce partie.

Mais le traité comportait également plusieurs protocoles restés longtemps secrets qui déterminèrent le destin des Etats Baltes pour 50 ans. Dans ces protocoles, les deux puissances totalitaires s’entendaient pour se partager la Pologne et pour désigner la frontière nord de la Lituanie comme ligne de partage entre leurs « sphères d’influence ». Ainsi, la Finlande, l’Estonie et la Lettonie tombaient dans la sphère d’influence soviétique, la Lituanie dans celle de l’Allemagne.

Ne craignant pas une interférence de l’URSS, Hitler envahit donc la Pologne le 1er septembre 1939, ce qui conduit à la deuxième guerre mondiale par l’intervention, le 3 Septembre, de la France et de la Grande-Bretagne volant au secours de leur allié polonais. De son côté, l’URSS envahit la Pologne par l’est le 17 Septembre, à partir de l’Ukraine et de la Biélorussie. Le 28 septembre 1939, les deux puissances totalitaires signèrent un nouvel accord de délimitation des frontières, avec un accord secret complémentaire par lequel la Lituanie tombait, à présent, dans la sphère des intérêts soviétiques. (Ci-dessous, rencontre de soldats allemands et soviétiques à Lublin, en Pologne)

(A suivre)

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