08 novembre 2009

Et pendant ce temps-là à Moscou …

Le 7 Novembre avait lieu sur la Place rouge un défilé, qualifié de solennel, consacré au 68ème anniversaire …… d’une parade militaire qui avait eu lieu en 1941, bien que Moscou fut alors assiégée par les troupes nazies. Cette parade commémorait elle-même le 24ème anniversaire de la révolution d’octobre. C’est un peu alambiqué, mais ça a le mérite de détourner l’attention du citoyen russe des manifestations autour de la chute du mur de Berlin.

Si, si, même RIA-Novosti le dit, donc c’est vrai ! http://fr.rian.ru/russia/20091107/185471510.html

4 000 jeunes, membres d’associations paramilitaires ont défilé, vêtus en uniforme de 1941, ainsi que deux chars T-34.

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Par ailleurs, le Premier Ministre russe Vladimir Poutine, ancien Lieutenant-colonel du KGB en poste à Dresde à l’époque de la RDA, a donné une interview à la chaine de télévision NTV. Il y dit éprouver de la nostalgie pour cette époque. Il ajoute : « Je me souviens encore de cette chaleur et de cette cordialité ». Je ne suis pas persuadé que les Allemands de l’est, qui ont eu à l’époque à faire au KGB et à la Stasi, aient ressenti la même cordialité ……

Chute du mur de Berlin (3). Et la France ?

Berlin_Wall_Trabant_grafitti.jpgLa France, à l’époque de la chute du mur de Berlin, était incarnée par le Président de la République François Mitterrand (1916 – 1996) et par le Ministre des Affaires Etrangères, Roland Dumas (1922 - …).  

François Mitterrand a accueilli la chute du mur, et surtout la réunification allemande qui a suivi, avec des sentiments mêlés. Certes, dès le 10 Novembre 1989, il parle d’ « évènement heureux qui marque un progrès de la liberté en Europe ». Tout au long de l’année qui aboutira à la réunification des deux Allemagnes le 3 Octobre 1990, il répètera que « la réunification allemande est légitime ».

Mais, en homme qui a connu et fait la seconde guerre mondiale, il incarne certaines angoisses françaises face à une Allemagne trop forte. Selon lui, le Chancelier Kohl, tout à son désir de fusionner RFA et RDA va trop vite et consulte trop peu. Avec Margareth Thatcher, il cherche à ralentir la réunification. De son côté, le chancelier Kohl a été quelque peu énervé par l’insistance de Mitterrand sur la reconnaissance de la frontière germano-polonaise (dite Oder-Neisse) par l’Allemagne. Le Chef de l’Etat français a, de facto, raté cette fête de la Liberté.

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La deuxième obsession de François Mitterrand est la survie politique de Mikhaïl Gorbatchev. Celui-ci lui a déclaré, le 6 Décembre 1989 : « Aidez-moi à éviter la reunification allemande, sinon je serai remplacé par un militaire ; si vous ne le faites pas, vous porterez la responsabilité de la guerre ». Or, le Président français sera très étonné de voir que Gorbatchev acceptera très vite le principe de la réunification, à la suite d’une rencontre avec le Chancelier Kohl le 12 Février 1990. En fait, il espérait que l’URSS ferait « le sale boulot » de freiner cette réunification.

On retrouvera cette prudence teintée de Gorbimania après que la Lituanie ait déclaré son indépendance, le 11 Mars 1990. N’a-t-il pas écrit : « Je comprendrais si Gorbatchev utilisait la force » !?  Comme Gorbatchev, il voulait réformer l’URSS, réformer la prison comme l’écrit Vytautas Landsbergis, alors que les Lituaniens ne voulaient pas moins que la Liberté.

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On devrait (peut-être) savoir très vite ce que pensait réellement le Président Mitterrand car le Ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, a décidé l’ouverture anticipée, à partir du 9 Novembre 2009, de la totalité des archives diplomatiques du Ministère des Affaires étrangères correspondant à la période de la chute du mur de Berlin (Selon l’Article L. 213-2 de la LOI n° 2008-696 du 15 juillet 2008, ces archives n’étaient communicables qu’à partir de Novembre 2014).

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Chute du mur de Berlin (2): les acteurs

Berlin_Wall_Trabant_grafitti.jpgTout comme l’ouverture du mur ne fut pas un évènement isolé, apparu ex abrupto, elle n’a pas été le fait d’un seul acteur, en l’occurrence Mikhaïl Gorbatchev. Retour sur ceux qui y ont joué un rôle déterminant, une liste bien sûr subjective.

Tout d’abord, Ronald Reagan (1911 – 2004). Président des Etats-Unis de 1981 à 1989, en contraignant l’URSS à une course aux armements qu’elle n’était pas en mesure de suivre économiquement, il accélèrera la décomposition de celle-ci. On se souvient de son discours à Berlin, le 12 Juin 1987, appelant Gorbatchev à faire tomber le rideau de fer (ci-dessous). Il est souvent considéré comme le grand vainqueur de la guerre froide.

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Jean-Paul II (1920 – 2005), Pape polonais élu en 1978, a contribué à la déstabilisation du bloc communiste par le rappel constant de convictions morales qui, en quarante-cinq années, avaient été occultées: le droit à la vérité face au mensonge; le respect de la conscience et de la liberté religieuse, érigée en liberté fondamentale; le droit pour les croyants à avoir toute leur place dans la société. Ses trois voyages dans la Pologne communiste (1979, 1983 et 1987 – cf. photo ci-dessous) vont former la trame d'une résistance politique et spirituelle, préparer les esprits à l'alliance des intellectuels dissidents, des ouvriers et des catholiques qui, dans ce pays et, par effet de contagion, dans les « pays frères » de l'Est, va lézarder le système, avant de lui donner le coup de grâce.

On retiendra une image : celle du Pape voyant à la télévision que les ouvriers de Gdansk ont accroché, sur les grilles de leur usine en grève, son propre portrait. Jamais jusque là (Berlin-Est, Budapest, Prague) aucune révolte populaire en Europe de l'Est n'avait eu de connotation religieuse.

On soulignera qu’à Berlin-Est, la contestation pacifique n'aurait pas été possible sans l'engagement des pasteurs de l'Eglise évangélique allemande qui ont su accueillir dans leurs églises (Saint-Nicolas à Leipzig, Gethsémani à Berlin) les manifestants de l'automne 1989.

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Mikhaïl Gorbatchev (1931 - …). Accédant à la tête de l’URSS en 1985, il se doit de relancer l’économie et la société soviétique et il promeut alors une politique de réforme (perestroïka). Il prévient les pays du bloc de l’Est que l'URSS n’interviendra pas militairement en cas de changement de régime. En visite à Berlin-Est en octobre 1989, il est acclamé par la population, qui l’accueille aux cris de «Gorbi ! Gorbi ! ». Moscou lâche alors la RDA et n’empêche pas la chute du Mur. Adulé par l’Occident, on se rappellera qu’il a continué à ordonner la répression au sein de l’Union soviétique. Confronté à un coup d’Etat raté et à la dislocation de l’URSS, il démissionnera le 25 décembre 1991.

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On l’oublie souvent : la première ouverture dans le rideau de fer s’est produite en Hongrie. Au printemps 1989, la direction du parti communiste hongrois décide, pour des raisons idéologiques et financières, de démanteler les barbelés installés entre la Hongrie et l’Autriche. Moscou laisse faire. Le ministre hongrois des Affaires étrangères Gyula Horn (1932 - … à droite sur la photo) et son homologue autrichien, armés de cisailles, immortalisent le 27 Juin 1989 cette percée dans le « Rideau de Fer ». A la mi-octobre, 50.000 Allemands de l’est ont déjà fuit en Hongrie pour passer à l’Ouest. « La première pierre du Mur de Berlin a été enlevée en Hongrie », dira plus tard le chancelier Helmut Kohl.

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Helmut Kohl (1930 - …), Chancelier de la République Fédérale Allemande de 1982 à 1998. En Novembre 1989, moins de vingt jours après l'ouverture du mur de Berlin, il força le destin en lançant, sans en avertir ses partenaires occidentaux ni l'Union soviétique, un « plan en dix points », véritable feuille de route vers la réunification des deux Allemagnes. Son instinct politique ne l'avait pas trompé: la fin du Mur signifiait la mort subite de la RDA. Il avait eu raison de brusquer les choses car la situation et la volonté populaire est-allemande exigeaient de réunifier sans délai et sans se soucier ni des craintes européennes ni des « vapeurs » de Moscou.

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Mais surtout, c’est le peuple qui fut le véritable acteur de la chute du mur. Celui qui avait déjà affronté les chars soviétiques en Juin 1953 et qui, depuis Première grande manifestation à Leipzig le 25 Septembre 1989, et jusqu'à celle du 4 Novembre 1989 réunissant un million de personnes sur l’Alexander Platz à Berlin-Est, a poussé le régime de la RDA à l’effondrement (ci-dessous, Leipzig 17 Octobre 1989). Avant le 9 Novembre 1989, Berlin-Est scandait : « Nous sommes le peuple ! ». Après le 8 Novembre 1989, tout Berlin (et toute l’Allemagne) scandait : « Nous sommes un peuple ! ».

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(A suivre : Chute du mur de Berlin (3) : et la France ?)

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