22 août 2009
Le Pacte Molotov – Ribbentrop et ses conséquences (4)
La Russie d’aujourd’hui n’a pas, sur le Pacte Molotov – Ribbentrop, la même analyse que ce qui est communément admis. L’agence RIA-Novosti a publié, ces deux derniers jours, deux longs articles qui exposent ce qu’on peut considérer comme étant la position officielle du Kremlin.
L’idée maitresse est d’ailleurs exposée par Iouli Kvitsinski, premier vice-président du Comité des affaires internationales de la Douma : « Le pacte était opportun, indispensable, légitime dans les conditions de l’époque, et réaliste du point de vue de la stratégie politique » ! Il conclut même en disant : « Nous n’avons pas à nous repentir de quoi que ce soit » !! En tout état de cause, il est souligne que les protocoles secrets additionnels étaient ignorés des députés, et que donc tout ce qui a pu arriver était de la faute de Staline.
L’argument principal développé est que Staline avait essayé d’ouvrir des pourparlers avec la France et la Grande-Bretagne, mais que celles-ci faisaient trainer les choses en longueur, espérant une guerre entre l’Allemagne et l’URSS. L’URSS étant donc isolée, elle avait signe un pacte de non-agression avec l’Allemagne « qui a pratiquement déterminé la création de la coalition antihitlérienne après l’offensive allemande lancée le 22 Juin 1941 contre l’URSS ». S’allier avec son ennemi pour le battre : il fallait y penser !
Après avoir estimé que « ce qui arriva à la Pologne est fâcheux » (il ne s’agit guère que de son dépeçage entre les deux régimes totalitaires !). M. Kvitsinski donne carrément dans le révisionnisme historique : « Nous avions jugé indispensable de nous soucier de la sécurité et de l’intégrité territoriale de la Lituanie {comme c’est touchant !} (partie traditionnelle de l’empire de Russie), avec laquelle nous avons signé un traité d’alliance militaire, et de satisfaire les aspirations nationales des Lituaniens ». Quand on sait dans quelles conditions s’est passé ce traité, imposé par la force à la Lituanie et aux deux autres Etats Baltes, puis les « élections » qui ont suivi ; quand M. Kvitsinski écrit « Un mois plus tard, des blocs électoraux procommunistes remportèrent la victoire dans les trois Etats », il ne ment pas. Il oublie juste de préciser qu’ils avaient été les seuls à pouvoir se présenter (cf. article nº 2) !
Mais, en final, l’hagiographie officielle regrette que, dans les Etats Baltes, « ces protocoles {secrets} soient qualifiés de prélude à l’ « annexion » de la Lettonie, de la Lituanie et de l’Estonie ». Car la Russie d’aujourd’hui ne reconnait toujours pas qu’il y ait bel et bien eu annexions des Etats Baltes, entretenant l’affabulation qu’ils ont rejoint l’URSS de leur plein gré. La Russie d’aujourd’hui considère comme « moralement inadmissible » que l’on puisse faire un parallèle entre l’Allemagne nazie et l’URSS stalinienne. Et tant que la Russie aura cette attitude, alors que l’Allemagne a bien, elle, reconnu sa responsabilité dans la seconde guerre mondiale, le Pacte Molotov – Ribbentrop empoisonnera toujours les relations entre la Russie et ses voisins concernés.
14:18 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : pacte, molotov, ribbentrop, russie








Commentaires
merci pour ce récit en 4 épisodes (y en aura t il un autre?), cela m'évite un long exercice de rédaction et de recherches :)
Je me permets donc de mettre des liens vers vos 4 billets depuis mon blog.
Écrit par : français en estonie | 22 août 2009
Non, c'est le dernier! Ca m'a pris effectivement deja pas mal de temps en recherches ....
Tout au plus, j'irai dans le centre de Vilnius demain pour voir s'il y a des photos interessantes a faired es ceremonies commemoratives.
Cordialement
Écrit par : Gilles | 22 août 2009
une dernière recherche peut-être.. ?
Votre éditeur peut vous proposer à lire le texte du juriste et politologue hongrois Istvan Bibo, Misère des petits états d'Europe de l'Est, rédigé en 1946, il vous ébouriffera par son emploi de la catégorie d'hystérie en politique.
Si on peut en effet s'indigner du traitement de l'information (de l'histoire..?) par novosti, on peut aussi considérer que la Lituanie puisse mériter un traitement autre que le récit victimaire. Voir à ce sujet les interventions de la nlle présidente Lt sur les relations que la Lituanie peut souhaiter établir avec ses plus proches voisins.
La sympathie n'explique pas tout.. et j'en viendrais même parfois à soupçonner/souhaiter une intention polémique à Korsunovas quand il monte à Paris une pièce (russe) intitulée Dans le rôle de la victime.
toujours cordialement,
Ulrich
Écrit par : Ulrich van Houten | 22 août 2009
Si c'est mon recit que vous traitez de "victimaire", je rejette totalement cet adjectif.
Car si la Lituanie, mais aussi la Lettonie, l'Estonie, l'Ukraine et d'autres ne sont pas des victimes apres les assassinats y compris de civils desarmes, emprisonnements, deportations, ... infliges par l'Union sovietique, je ne sais pas ce qu'il leur aurait fallu endurer pour qu'ils meritent votre compassion.
Écrit par : Gilles | 22 août 2009
J'ose souhaiter monsieur, que la Lituanie ne reste victime.
Écrit par : Ulrich van Houten | 22 août 2009
Merci Gilles pour cette série qui me rafraichi et surtout complête mes connaissances.
Je ne suis pas sûr de comprendre l'intervention de Ulrich Van Houten mais énoncer des faits historiques en réponse au révisionisme russe ne me parait pas une attitude "victimaire" mais plutôt une attitude saine et nécessaire.
Le parallèle avec l'Allemagne est évident. Il n'y aurait pas d'Europe et surtout pas d'Allemagne forte si elle n'avait pas fait cet exercice de mémoire.
Écrit par : Jean-Michel Nil | 24 août 2009
Merci Jean-Michel. Heureusement qu'il y en a qui, comme toi, me comprennent .....
Je pense que Ulrich voulait dire qu'il faudrait que la Lituanie abandonne maintenant cette attitude de victime pour avoir une vision plus "positive" de ses relations avec la Russie. Mais quand on voit l'attitude arrogante, pour ne pas dire agressive, de la dite-Russie et son negationnisme historique, je pense qu'une telle evolution est aujourd'hui impossible.
Écrit par : Gilles | 24 août 2009
je vais donc expliquer, un peu.
La lecture que vous faite est sourde, j'entends par là univoque. Il faudrait par exemple mentionner la présence des paramilitaires d'Ayzsarguis à Vilnius (9 agents soviétiques tués le 17 juin), non pour infirmer qu'il y ait eu invasion, non parce que le rapport de force s'en trouverait équilibré, mais parce se contenter de faire de la Russie le diable de l'histoire est non seulement fautif, mensonger, mais également non dénué de responsabilité. J'entends bien que vous lisez dans la Russie d'aujourd'hui une continuation de l'URSS, mais alors, pourquoi ne pas dérouler le fil et relier à la Russie tsariste, et défense de la liberté oblige, au despotisme oriental?
Mais, peut-être après tout votre lecture n'est-elle que celle d'une génération.
Écrit par : Ulrich van Houten | 24 août 2009
De quel 17 Juin parlez-vous? S'il s'agit du 17 Juin 1940, c'est le jour ou Dekanozov a intronise la marionnette Paleckis comme "Premier Ministre"? S'il s'agit du 17 Juin 1941, il s'agit de la periode de deportation de 17 500 Lituaniens. Dans les deux cas, l'occupation de la Lituanie, avait deja eu lieu et il ne me semble pas illegitime que des forces lituaniennes ait cherche a la combattre.
Mes posts avaient pour objet de parler des consequences du pacte Molotov - Ribbentrop et non pas de parler de l'ensemble des relations entre la Lituanie et la Russie. Meme si le lien est, bien sur, evident.
Quant a laisser entendre, comme vous le faites, que mon propos est mensonger, je laisse mes lecteurs juger de cette assertion qui rejoint assez l'hagiographie russe actuelle.....
Écrit par : Gilles | 24 août 2009
Je vous admire Gilles de continuer à répondre à ce genre d'interventions.
J'ai personnellement abandonné le dialogue avec des personnes à qui on a tout simplement bourré le crâne de bêtises qu'ils appellent "histoire".
La réalité historique est bien différente et c'est une des raisons pour lesquelles un dialogue est, comme vous le dites, actuellement impossible.
Moi ça me fait simplement pitié que des personnes se laissent lobotomiser sans chercher à en savoir plus que ce qu'on leur livre et se prétendent cultivées car elles sont capables de donner un contre-exemple (une date... sans année!); l'arbre parmi la forêt de crimes dont le monde entier connaît l'existence mais qu'un seul pays ne veut reconnaître.
Comme le disait Jean-Michel auparavant, les grandes nations sont celles qui ont reconnu leurs erreurs tout en les gardant en mémoire sans perdre de vue que c'est le futur qui importe.
Dans tous ces domaines, la Russie est loin du compte et n'est grande pour moi que par sa taille!
Écrit par : français en estonie | 24 août 2009
En effet, j'ai à mon tour confondu Lituanie et Lettonie!!
Les hommes d'Ulmanis étaient donc présent le 17 juin (1940) en LETTONIE, où la résistance a d'ailleurs amené le pillage des boutiques d'armuriers, qu'on se le dise !
(source : carnets de jean de Beausse, Premier secrétaire de la légation de France en Lettonie, cité par Wolf et Moullec)
Ulrich
Écrit par : Ulrich van Houtten | 24 août 2009
"les grandes nations sont celles qui ont reconnu leurs erreurs tout en les gardant en mémoire sans perdre de vue que c'est le futur qui importe."
La Russie n'a pas reconnu les erreurs commises durant cette sinistre période soviétique (sinistre en premier lieu pour la Russie elle-même), c'est sûr, mais dire que "la Russie n'est grande que par la taille", c'est un peu exagéré et insultant !
Écrit par : Elise | 27 août 2009
Est-ce que la Russie est grande quand elle menace ses voisins, que ce soit militairement (Georgie), en entretenant l'agitation (Ukraine, Estonie) ou economiquement (Lituanie, Pologne, ou encore Georgie) ? Est-ce que la Russie est grande quand elle glorifie Staline ? Certainement pas. Ca occulte malheureusement sa culture et le cote sympathique de ses habitants.
Écrit par : Gilles | 27 août 2009
A ajouter au dossier:
"Depuis mardi, le slogan "Staline nous a éduqués à la fidélité du peuple, il nous a inspiré le travail et les exploits" s'étale en grandes lettres en haut de la colonnade qui orne le hall d'entrée de la station Kourskaïa, au centre de Moscou. Il en avait été retiré il y a une cinquantaine d'années."
Si meme la Russie de M. Poutine, dont on connait les sympathies pour Staline, se met a aller au-dela de ce qu'a fait l'URSS, elle n'est pas prete de reconnaitre les erreurs (euphemisme) du "grand homme" !
Écrit par : Gilles | 28 août 2009
Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.