01 février 2009
Lituanie : les noms de rues en … Lituanien
En 1973, un étudiant qui avait osé demander en lituanien du fromage blanc dans un restaurant universitaire lituanien avait été exclu de l’université pour avoir «offensé» la serveuse russe ! C’est afin de remettre les pendules à l’heure et signifier aux Russes que, dorénavant, étant en pays étranger, ils devraient respecter les Lituaniens, que fut inscrit dans la Constitution, approuvée le 25 Octobre 1992, que le Lituanien est la langue de l’Etat lituanien.
La «Loi de la République lituanienne sur la langue officielle» fut adoptée le 31 janvier 1995. Cette loi ne réglemente que l’emploi de la langue dans la vie publique du pays (dans les institutions et les établissements publics, lors des procès judiciaires, dans l’enseignement et pendant des manifestations officielles). La Loi oblige les institutions à employer la langue lituanienne pour leur documentation officielle et pour leur correspondance. C’est pourquoi tous les employés sont obligés de connaître le lituanien. Elle souligne qu’elle ne réglemente pas la langue de la communication courante des habitants de la Lituanie, ni la langue des manifestations organisées par les communautés religieuses ou ethniques.
Aujourd’hui, le problème ne vient plus des Russes, dont le nombre de citoyens de Lituanie se réclamant de cette nationalité diminue (5 % de la population totale), mais des Polonais (6,7 %). Car, au problème linguistique se rajoute un problème historico-politique qui remonte à la nuit des temps. Exactement à 1386, quand le Grand-duc de Lituanie Jogaila a épousé la Reine de Pologne Jadwiga (Edwige d’Anjou). Depuis cette « union personnelle », encore différemment interprétée au XXème siècle selon le côté de la frontière où l’on est, la Lituanie n’est pour les Polonais qu’une province de la Pologne ! C’est ainsi que la grande région de Vilnius a été occupée par les Polonais de 1920 à 1940.
Vendredi dernier 30 Janvier 2009, la Cour suprême administrative de Lituanie a décidé que tous les noms de rues devaient être écrits en Lituanien et uniquement en Lituanien. Cette décision de justice est sans appel et doit être appliquée d’ici un mois. Elle vise particulièrement la région (apskitis) de Vilnius où vivent 85 000 Polonais de souche, notamment le « département » (rajon) de Salčininkai où ils représentent près de 80 % de la population. Il y a plus d’un an, l’administration lituanienne avait décidé de faire enlever les plaques de rues écrites dans une autre langue que le Lituanien, mais la minorité polonaise avait refusé d’obtempérer et l’affaire s’était retrouvée devant la justice.
L’administration locale polonophone envisage désormais de porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg.
07:42 Publié dans Lituanie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : lituanie, langue, polonais









Commentaires
Cher Gilles,
tes amis polonais de Lituanie ne seront pas dépaysés à Strasbourg : les rues y sont aussi bilingues. Exemple : http://www.photo-alsace.com/photo-ref-e24.html
Amicalement. Philippe
Écrit par : Philippe Edel | 01 février 2009
Dans ton exemple, Philippe, comme dans ceux que j'avais donnes, meme si la dimension historique du bilinguisme est encore presente dans les memoires, il n'y a peut-etre plus le cote politique passionnel que l'on trouve encore aujourd'hui dans les relations lituano-polonaises.
Mais, dans le cas de la Lituanie, il faudrait aussi traduire les plaques de rue, outre en Polonais, en Russe, Bielorusse, Ukrainien, Yiddish et parfois Allemand. Il faut un peu de temps pour que les cicatrices de l'histoire se referment.
Merci de cette photo ou, en outre, je retrouve en arriere-plan la maison Kammerzell qui etait ma "cantine" quand j'etais en Allemagne (Villingen-im-Schwarzwald).
Écrit par : Gilles | 02 février 2009
Bonjour Gilles,
Et ne pas oublier l'esperanto, qui de mémoire vient aussi de Vilnius !
Pour les noms de rues en yiddish ce n'est pas gagné : même en lituanien la "Zidu gatve" énerve suffisamment pour que les plaques la délimitant aient été arrachées et jamais remplacées.
Écrit par : Bertrand | 02 février 2009
Pas tout a fait mais pas loin, car le Dr Zamenhof est ne a Białystok et, apres des etudes a Moscou, a exerce entre autres a Varsovie et Grodno.
Écrit par : Gilles | 02 février 2009
Cependant il me semble qu'il a été évoqué que les personnes ne reconnaissaient pas les rue sous le nom Lituanien.
Il est vrai que pour avoir vécu pdt 1 an dans cette région à 2 kilomètre du village incriminé, les personnes âgés ne parlaient pas un mot de Lituanien, et les jeunes entre eux parlaient tous Russe et/ou Polonais.
Ils se croient effectivement chez eux et au contraire des autres minorités ne font rien pour s'intégrer...
Écrit par : cedric | 02 février 2009
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