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05 mai 2008

Bruit de bottes en Abkhazie

550094067.pngLa presse française semble étonnamment discrète sur un conflit gelé, qui connait un regain de tension depuis l’indépendance unilatérale du Kosovo, celui de l’Abkhazie.

Lors de l’éclatement de l’U.R.S.S. en 1991, un certain nombre de républiques dites autonomes au sein d’ex-républiques soviétiques ont proclamé leur indépendance. Le conflit abkhazo-géorgien a débuté le 14 Aout 1992 et l’affrontement, à la suite duquel la Géorgie a perdu le contrôle de l’Abkhazie (ainsi que de l’Ossétie du sud), s’est achevé le 30 Aout 1993. La Communauté des Etats Indépendants (C.E.I.) a décidé le  22 Aout 1994 de l’envoi d’une force d’interposition, constituée de militaires russes.

Le Président géorgien Mikhaïl Saakashvili avait fait du retour dans la Géorgie des deux républiques autoproclamées russophones une priorité lors de son arrivée au pouvoir en 2003. Mais, en fait, l’affaire ne passionnait pas grand-monde en dehors de la Géorgie (pas même la Russie !) jusqu'à ce que deux événements viennent accélérer les choses :

·                                           La déclaration de son indépendance par le Kosovo, et la reconnaissance de celle-ci par certains pays occidentaux ;

·                               La formule alambiquée (pour satisfaire la France et l’Allemagne qui ne veulent pas froisser la Russie) du récent sommet de l’OTAN à Bucarest, laissant espoir à la Géorgie et à l’Ukraine de rejoindre un jour l’Alliance.

Les républiques d’Abkhazie et d’Ossétie du sud se sont engouffrées dans la brèche et ont demandé à la Russie de reconnaitre leur indépendance. Le moins qu’on puisse dire, c’est que celle-ci ne se précipite pas pour leur donner satisfaction. A mon sens, le but de Moscou est surtout de conserver des abcès de fixation qui gênent l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN. Car l’inquiétude de Moscou (qu’elle avait déjà soulevée lors de l’entrée des Etats Baltes), c’est surtout de se voir encerclée par l’OTAN.

En réponse à une accusation de l’Abkhazie qui prétend que 7 500 soldats géorgiens sont massés à sa « frontière », Moscou a fait passer sa force d’interposition – dont on sait qu’elle est à la fois juge et partie – de 2 000 à 3 000 hommes, ce qui reste certes dans la limite autorisée par la C.E.I.. Peut-on aller jusqu'à une guerre ? Les deux parties disent ne pas la vouloir. Mais rien n’est à exclure, car la Russie n’est pas la Serbie et il est peu vraisemblable que l’OTAN ou les U.S.A. se décident à bombarder  Moscou en représailles d’une action contre la Géorgie! D’autant plus que, et la Russie le sait bien, l’Ouest est une fois de plus divisé dans cette affaire.

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La Lituanie, et d’autres, soutiennent l’intégrité du territoire géorgien. Et, vous le savez si vous lisez ce Blog, la Lituanie bloque l’ordre du jour de la réunion Russie – UE de Juin, en demandant justement qu’y soit inscrit ce problème des républiques autoproclamées.

L’enjeu est important, plus que vous ne le pensez sans doute en France. L’affaire du Kosovo a déjà ouvert la boite de Pandore. Si les républiques d’Abkhazie, d’Ossétie du sud et de Transnistrie devaient obtenir satisfaction, les russophones de Crimée, voire d’Estonie et de Lettonie (Vladimir Jirinovski l’a déjà évoqué), sans parler de toutes les minorités plus ou moins représentatives dans notre vaste Europe, risqueraient de leur emboiter le pas.  

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