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29 janvier 2008

Stendhal en Lituanie

e1c68c1ccfa8b36ca09f7f7f375bade8.gifCelui qui n’est encore qu’Henri Beyle (23 Janvier 1783 – 1842) est, tout au moins à Vilnius, un des acteurs les plus connus de la campagne de Russie car il est devenu par la suite l’écrivain Stendhal. Mais c’est un euphémisme d’écrire que les historiens ne sont pas tendres avec lui. Paul Britten Austin, par exemple, le traite de « Capitaine de dragons grassouillet et vaniteux {…} qui s’est assuré un travail tranquille de commissaire de guerre en faisant la cour à l’épouse de Daru» et plus loin, alors que Smolensk est en flammes, d’« un autre esthète, qui avait probablement passé cette longue et chaude journée en parfaite sécurité parmi les bagages du train des équipages {…} pensant que Smolensk en flammes est un spectacle ravissant…… ».     

 

Grâce à son parent et protecteur Pierre Daru, Commissaire général de la Grande Armée en 1806, puis Intendant général des pays conquis après la bataille d’Eylau (8 Février 1807), Henri Beyle fut effectivement nommé le 11 Juillet 1807 Commissaire de guerre adjoint, en poste à Brunswick. Après l’occupation de Königsberg (Kaliningrad actuelle), il pensait que la campagne allait se prolonger vers Saint Petersburg via la Courlande ; mais les traités de Tilsit l’empêchèrent de voir la Lituanie et il devra attendre 5 ans pour y revenir.   

 

En 1812, Henri Beyle / Stendhal quitte Paris le 23 Juillet après avoir vu l’Impératrice à Saint-Cloud. En attendant de voir le Roi de Rome, fils de Napoléon et de Marie-Louise, il écrit à sa sœur pour lui indiquer son itinéraire : Paris, Metz, Mayence, Francfort-sur-le Main, Weimar, Leipzig, Francfort-sur-l’Oder, Königsberg, Gumbinen, Kaunas (où son ami le chevalier de la Noüe est commissaire) et Vilnius.  Apparemment, il atteint Marijampolė dans les premiers jours d’Aout 1812 car il franchit la Berezina le 12 Aout vers Bojarinkov où se trouve l’état-major impérial.  

 

En Russie, Stendhal / Henri Beyle est affecté à Smolensk où il doit assurer l’approvisionnement de l’armée française dans les régions de Smolensk, Mogilev et Vitebsk, ces deux dernières villes étant lituaniennes avant la première partition de 1772. Il est toutefois à Moscou le 15 Octobre, quatre jours donc avant son évacuation, puisque de là il écrit à son collègue et ami de la Noüe « Je suis complètement en loques {…} Je vous prie de m’acheter à Kaunas ou à Vilnius quatre ou cinq mètres de tissu bleu et six ou sept mètres de cashmere, également bleu ». Sa lettre n’arrivera jamais à destination car elle fut interceptée par les Russes (elle ne sera rendue publique qu’en 1913 !). Mais, même si elle était parvenue à Kaunas, elle avait peu de chances d’être suivie d’effet car le commissaire de la Noüe était mort le 13 Octobre. 

 

Anticipant la retraite, Stendhal quitte Smolensk le 11 Novembre, et atteint Vilnius dans la soirée du 6 Décembre, d’où il repart dès le 7 ou le 8 vers Kaunas et Königsberg, après avoir apparemment rendu visite, sur la rue Pilies, à l’état-major français et aux états-majors du Commissaire en chef et du chef trésorier (actuel Centre Culturel Français – cf. ci-dessous). Il aura le temps d’écrire à sa sœur, la seule lettre envoyée de Lituanie, dans laquelle il dira qu’il est en bonne santé, mais qu’il a tout perdu ; et que, néanmoins, il est prêt à repartir au service de Sa Majesté l’Empereur.

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Il restera à Königsberg du 14 au 30 Décembre, qu’il quittera en traineau pour Danzig (Gdansk). Dans ses œuvres ultérieures, il citera souvent des lieux lituaniens (Vilnius, Kaunas, Marijampolė, Tilsit, le Niémen), mais jamais la Lituanie en tant que telle.  

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Commentaires

je l aime cet article :)

Ecrit par : cedric | 30 janvier 2008

Merci.

Je suppose que c'est parce qu'il parle d'un Stendhal dont l'image n'est pas celle qu'on a l'habitude de voir.

Cela donne une idee de ce que sera mon livre ..... dans un an!

Ecrit par : Gilles | 30 janvier 2008

i'll buy your book :)

Ecrit par : cedric | 30 janvier 2008

Intéressant et peu connu, cet épisode de la vie de Stendhal! Merci.
Ainsi, on voit que la vie des écrivains n"est pas toujours à la hauteur de leurs oeuvres littéraires...je trouve...(?)
On ne peut les mettre en effet sur le même plan...On serait tenté d'ailleurs d' interdire peut-être certains écrivains (!), tellement leur vie et leurs options socio-politiques sont affreuses, alors que leurs oeuvres sont pour la plupart remarquables...Exemples: Céline, ou Wagner en musique...

Ecrit par : Borek | 01 février 2008

Bonjour,

merci pour cet article intéressant, et qui m'intéresse tant que je souhaiterais en connaître les sources, si cela est possible.

En effet, pratiquant pourtant souvent Stendhal, je suis frappé, épaté, de voir que vous avez réussi à parler de lui à Vilnius, alors qu'il n'y a passé que 3 jours !

J'ai consulté son Journal (IV) aux éditions du Cercle du Bibliophile, mais l'année 1812 s'y arrête le 30 Septembre... Quant au Journal littéraire (II), l'année 1812 s'arrête en Octobre... Je n'ai pu retrouver que la lettre à Pauline que vous évoquez, dans la Correspondance générale (II) aux éditions Champion.

Enfin, savez-vous dans quelles oeuvres Stendhal évoque les lieux lituaniens que vous citez : Vilnius, Kaunas, Marijampolė, Tilsit, le Niémen ?

Par avance, je vous remercie pour votre réponse !

Isidore

Ecrit par : Isidore | 18 avril 2008

Comme cet article date d'un certain temps et est extrait d'un paragraphe de mon futur livre sur "Les Francais dans l'histoire de la Lituanie", il faut que je recherche mes sources.

Mais ma recherche ne sera pas longue (pendant ce wek-end).

Je vous propose de m'adresser votre adresse email a gilles.dutertre@gmail.com de facon a ce que je puisse vous envoyer une reponse plus personnalisee.

Cordialement

Ecrit par : Gilles | 18 avril 2008

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